"Au moins, dans les familles qui n'ont qu'un enfant, tu peux pas avoir de guerre fratricide."


Cette interview de JACQUES IFRAH a été réalisée le 2 septembre 2006 lors de la manche du championnat VMA disputée à Lédenon. LAURENT SLEURS, pilote MOTO BEL après avoir réalisé la pôle position venait de remporter la première manche de ce week-end. Entre temps, il est devenu champion de France "Unlimited Pré 80" après avoir ajouté dans son escarcelle le seconde manche de Lédenon et les deux suivantes disputées au Vigeant. JACQUES nous livre ses impressions sur la course et sur MOTO GUZZI. Un entretien exempt de langue de bois.

Quelle a été votre motivation à participer au championnat VMA ?

C’est un peu le hasard. Nous avons appris l’existence de ce championnat deux à trois semaines avant son début. C’est la première année pour cette catégorie placée sous l’égide de la FFM. Laurent Sleurs  qui a participé aux BOC avec nous, m’avait fait part de son désir d’essayer la machine. Des essais étaient prévus et ils se sont opportunément transformés en une inscription de Laurent et d’une moto dans ce championnat. Nous roulons en série PRE 80 catégorie UNLIMITED. Dès la première course tout s’est bien passé, ce qui nous a incités à poursuivre.

La machine engagée est-elle différente de celles engagées au BOC ?

En fait pas vraiment. Techniquement elles sont très proches. Il faut dire que la décision de courir ayant été prise tardivement, cette moto a été « montée » avec des éléments en notre possession sans qu’il y ait de véritables adaptations spécifiques aux courses de vitesse.

Jacques et Laurent mettent la dernière main avant le début des essais chronométrés. Préchauffage du pont avant le roulage. Pas de place pour le hasard. Départ pour les essais qualificatifs avec la pole position à la clé.

 

Quel bilan tirez-vous à deux épreuves de la fin ?

Que des motifs de satisfaction. Les résultats sont bons. Laurent a remporté sept des huit manches disputées ce qui est remarquable. (Chaque week-end de course comporte deux manches ; Laurent Sleurs portera ce score à 8/9 en gagnant la manche du dimanche) Pour ne rien gâter, l’ambiance dans le paddock est bonne ; il faut dire que les enjeux ne sont pas les mêmes qu’en Promosport par exemple. De plus l’âge moyen étant sensiblement plus élevé, les gens sont en général moins féroces, même si sur la piste la lutte est intense.

Et pour 2007 ?

La saison n’est pas terminée et pour l’instant, rien n’est décidé. Il est question de la mise en place d’un championnat de France d’endurance de motos anciennes. Nous nous déciderons en connaissance de cause quand les programmes seront connus officiellement.

C’est en tout cas un grand plaisir pour les passionnés de la marque de voir vos machines rouler avec le succès que l’on sait.

Oui, mais si j’avais la possibilité de travailler sur une machine récente, je serais partant. Avec ce moteur (un bloc 1050 à deux soupapes NDLA) en étant libre sur la partie cycle, je pense qu’il y a cinq secondes qui « se baladent » sur ce circuit. C’est énorme.

Et du côté de Moto Guzzi France, pas d’espoir de voir rouler une MGS en Protwin par exemple ???

Non, de ce côté là, c’est l’immobilisme total. Surtout, pas d’initiatives. Et pas seulement dans le domaine de la course. Ce n’est pas faute, pourtant, d’avoir amené des observations à la fois positives et constructives. La machine avec laquelle nous avons gagné le championnat Protwin en 1999 avait nécessité énormément de travail. Une partie des solutions techniques auraient pu être appliquée sur des machines de route. Le moteur 4V (4 soupapes) était le plus agréable.

 Quel regard portez-vous sur la gamme Guzzi actuelle ? Il est question de la commercialisation d’une 1200, (R ?) dérivée de la Norge qui serait le « roadster » Guzzi ?

Je me méfie de ce genre de choses. Les Italiens sont très forts pour les annonces presse plus ou moins fantaisistes. On ne peut jamais vraiment savoir. Je ne me prononcerai pas sur ce qui est susceptible de sortir. Il a été question d’un gros trail et à ce jour, plus rien à ce sujet. Il s’agit de décisions « politiques. » Nous sommes peu ou pas au courant des projets réels de l’usine. Il n’y a jamais eu de vraie politique de dialogue (entre MG et les concessionnaires NDLA) et à partir de là, ils font un peu ce qu’ils veulent. Même lorsque Guzzi était indépendant, il n’y avait pas de réelle volonté d’écoute et de collaboration avec les représentants de la marque. C’est essentiellement une question de personnes. Il y en a eu dans les années 80/90 avec qui on a bien avancé. Mais c’est vraiment ponctuel. Je pense que, vu la taille du groupe actuel, ce sera de moins en moins facile.

Et d’un point de vue technique ?

On voit dans les produits actuels des choses que l’on fait en préparation depuis longtemps. Si on nous avait écoutés, Moto Guzzi aurait avancé plus vite techniquement. Le double allumage, cela fait vingt ans que nous l’utilisons en compétition. Le nouveau moteur reprend des solutions développées de longue date. 
Cela n’empêche pas qu’une machine comme la Breva soit une bonne moto, bien pensée pour l’usage auquel elle est destinée. Elle correspond bien à ce que recherche la clientèle attirée par ce genre de machine.

Laurent mène la meute au fer à cheval devant la TZ 350 de Michel Chapus. La machine du Moto Tour (voir plus bas) et dans la vitrine la Norge 1200; deux styles, deux époques pour une passion indéfectible depuis 1979.

Comment interprétez-vous la suppression des modèles V 11 du catalogue ?

Je ne voudrais pas être désagréable, mais les grands dirigeants sont souvent un peu mégalos. Ils arrivent et veulent poser leur empreinte sur la marque. « J’arrive, c’est moi qui dirige et ce qui n’est pas de mon fait, on élimine. »  La Breva et la Griso ont bénéficié de la coïncidence de leur mise sur le marché avec l’arrivée de Piaggio. La gamme V 11 n’avait pas cette chance. 

 

 

 

Vous êtes au contact direct des utilisateurs de Guzzis. Comment percevez-vous leurs souhaits ?

Il y a de la demande pour les modèles les plus récents. Ce qui est ennuyeux, c’est la capacité de l’usine à satisfaire la demande. Les machines sont annoncées dans la presse, par la publicité,et  arrivent au compte gouttes dans les concessions. Dans un autre domaine, une machine connaît un certain succès en ce moment c’est la California « Vintage. » Mais il serait bien plus fort encore si elle était affichée à un tarif  plus raisonnable. C’est une machine chère… (Ce n’est pas moi qui dirais le contraire. NDLA). A côté de cela, s’il n’est pas viable de construire des machines pour une clientèle marginale, nous avons la chance de posséder une base moteur suffisamment polyvalente pour bâtir autour une gamme variée. A partir de là, ce serait une erreur de négliger une vraie moto sportive. Ce que l’usine ne comprend pas forcément, c’est qu’on est pas là pour être désagréable, mais pour être les porte-parole des clients qui achètent leurs motos.
Je me demande si chez Moto Guzzi on est conscient que tous les constructeurs se sont  mis aux bicylindres. Aujourd’hui, l’offre a explosé dans cette catégorie. Il y en des motos très performantes, d’autres économiques pour « tout public. » De plus on en trouve dans tous les styles. Une marque « traditionaliste », comme BMW a évolué  et propose un éventail de modèles qui couvrent tous les segments… Pourquoi pas Guzzi ?

Comment percevez-vous la clientèle de ce début de siècle ?

Il ne faut pas perdre de vue que beaucoup de gens font leur choix sur la foi des articles de la presse spécialisée. Il faudrait que Moto Guzzi soit capable, sur la base d’une mécanique aux lignes techniques proches, de proposer des motos avec 15 à 20 cv de plus et plus légères.  Cela peut faire réfléchir, d’autant plus que les journalistes sont très sensibles à ces arguments par les temps qui courent. Et comme ils font la pluie et le beau temps… Même si elle n’est pas utilisée, la puissance reste un argument prioritaire auprès du client.
En conclusion, je pense que Moto Guzzi doit à la fois conserver son identité et s’ouvrir sur l’extérieur. Cela passe par des modèles au caractère marqué, ce qu’on sait faire à Mandello, à une adaptation au marché et à un minimum d’écoute auprès des concessionnaires et du public Guzziste.


Je tiens à remercier ici JACQUES et NICOLE, et tout le "team" pour leur disponibilité et leur gentillesse. Venu à priori en cow-boy solitaire à cette occasion, la tente MOTO BEL fut envahie à l'heure de l'apéro par les Sept Mercenaires... (de gauche à droite: mrs Leflat; Africa Member; Aquilou et junior; Filou et junior; André Trente)

MOTO BEL est encore sur la brêche en ce début d'automne; à la demande de JEAN LOUIS SCHLESSER, JACQUES a préparé une machine pour le MOTO TOUR. Après avoir roulé sur une R 80 GS l'an passé, le spécialiste du rallye raid a opté cette année pour une vraie moto d'homme...