Les hommes qui ont fait l'histoire de GUZZI...
Giuseppe Guzzi, appelé Naco

 

"Depuis au moins deux heures, je roule par monts et par vaux sans arrières pensées, sans but, simplement occupé à imprimer dans ma mémoire de nouveaux paysages, de nouveaux panoramas, de nouveaux spectacles de la nature..."
Ing. Giuseppe Guzzi

Le frère de Carlo Guzzi s'appelait Giuseppe. Comme de coutume dans la région, il avait un surnom : Naco.
Même Carlo avait le sien, mais seulement en famille : on l'appelait Taj (prononcer Taï).

 

Giuseppe Guzzi - Naco Carlo Guzzi - Taj

Naco était un personnage étrange, très différent de Carlo, aussi bien dans sa corpulence que dans son caractère. Alors que Carlo était un coureur de jupons, Naco était très calme, presque ascète. Il aurait pu incarner l'âme de la Guzzi "tourisme" et Carlo, celle de la Guzzi "sportive". Naco était grand et "costaud", il avait des doigts tels qu'il avait du mal à composer un numéro de téléphone et même tailler un crayon. Il souffrait tellement de la chaleur qu'il avait aménagé, dans son bureau, un système de refroidissement en faisant courir en serpentin le long des murs les tuyaux qui desservaient l'eau potable. En été, pour le contacter, il fallait attendre qu'il remette sa chemise car il dessinait torse nu.

Il était ingénieur dans le Génie Civil et l'été, il attendait avec impatience les vacances pour aller faire ses "balades" en moto. Il avait une Sport 500 (aujourd'hui on l'appelle une Sport 13, puisqu' apparue avant la Sport 14, mais Naco ne le savait pas et donc l'appelait simplement Sport 500) très personnalisée avec laquelle il se distingua dans lplusieurs raids :
- 1923 Mandello-Paris 2000 km
- 1924 Mandello-Toulouse-Pyrennées 2500 km
- 1926 Mandello-Vienne-Budapest-Carpates 3000 km
- 1927 Mandello-Silésie 3000 km
- 1928 Mandello-Stockolm-Laponie-Oslo-Berlin 6200 km
- 1929 Mandello-Hambourg 2200 km
Toutes ces dates sont inscrites sur une plaque fixée au garde boue avant de sa moto.
En 1926, alors qu'il se trouve dans les Carpates, il casse le cadre rigide de la Sport. Etant ingénieur de métier, il s'aide de divers matériaux dont de vieilles chambres à air pour raccorder le triangle postérieur au cadre et au support moteur. Et c'est comme ça qu'il rentre à Mandello, comme si sur sa moto "rigide" il avait monté un arrière-train "élastique".
Quand enfin il arrive à l'usine, il confie à Carlo : "Tu sais que comme ça elle va vraiment mieux ?"... Et l'idée lui germa dans la tête : faire une moto "élastique" en partant du principe de suspendre tout l'arrière, et non pas comme les autres avec leur roue coulissante qui, dès qu'elle prenait un peu de jeu, rendait la moto inconduisible !!!
Il se mit à la planche et dessina le bras oscillant et son train de ressorts sous le moteur... ainsi naquit la GT500.

Pour autant, Naco n'avait pas changé de moto, c'était la même que celle de 1926 à laquelle il avait appliqué les modifications de la GT. En 1927, il part pour la Silésie, et l'année suivant il s'attaque à la Laponie. Deux ans plus tôt, deux explorateurs (Umberto Nobile et Amundsen) partis de Rome avaient survolé avec succès le Pôle Nord à bord du dirigeable NORGE... et c'est ainsi que cette moto fut elle-même baptisée du nom du dirigeable : NORGE.
A vrai dire, la moto de Naco était personnalisée : sous le phare, en position transversale, il avait monté un tube fermé pour les cartes, sur le côté droit, un étui pour son pistolet, une sérieuse béquille latérale et des attaches et crochets de fixation un peu partout. On pouvait même la béquiller sur la centrale en se tenant aussi bien à droite qu'à gauche de la moto.

On raconte qu'un jour, à peine sorti de l'usine et devant les ouvriers venus lui dire au revoir au portail, Naco perce un pneu juste sous le pont de chemin de fer qui mène à la route principale. Les ouvriers accoururent se proposant de réparer la roue, mais lui les arrêta : "Je suis déjà parti" dit-il "et pendant le voyage, c'est à moi de me débrouiller ! Allez travailler, je m'occupe de tout !" Et il fut fait ainsi !

La NORGE n'eut pas un grand succès commercial, on se méfiait de cette suspension arrière et on pensait que ça ne faisait pas vraiment sport. Néanmoins, 320 exemplaires furent vendus (75 modèles civils et 245 militaires).
En 1931, suivant la mode dictée par les Anglais, on adopta le réservoir "en selle" plutôt qu'"entre tubes" : la GT500 version civile s'appela GT16 et la version militaire, GT17.
En 1935, Moto Guzzi décide de participer au TT et, au vu des expériences positives du modèle "suspendu", l'usine engage ce type de machines dans toutes les catégories ... et Stanley Woods gagne toutes les courses !
Cette victoire fut d'une portée mondiale, aucune moto étrangère n'avait jusqu'à présent gagné le TT !!
Cet évènement, bien sûr, brisa en miettes la croyance qu'une moto suspendue n'était pas sportive : dès lors, Guzzi proposa tous ses modèles en version "amortie"... et tous les autres constructeurs en firent autant.

En 1942, Giuseppe Guzzi écrit un livre intitulé "La motocyclette et le motocycliste", où il explique le fonctionnement des divers organes qui composent une moto et sur la manière de la mener.

Les périples de Naco inscrits sur le garde boue avant de la GT500 "La motocyclette et le motocycliste"

Dans les années 50, Naco se décida à "améliorer" sa moto. Il logea le moteur (toujours le même depuis 1926, celui de la Sport500) dans un cadre de GT16 modifié. Il voulait voir jusqu'à quand tiendrait ce moteur. Il ne le saura jamais. Il était né le 6 Août 1882 et disparut le 14 juin 1962.

La veuve d'Ulisse Guzzi, fils de Carlo, fit don de cette moto au Moto Club Carlo Guzzi de Mandello où elle est encore aujourd'hui amoureusement conservée. La moto a refait en 1991 le voyage en Laponie. Pour fêter ça, le club Carlo Guzzi créa une carte postale souvenir retraçant le plan du voyage. Cette GT500 fut préparée et pilotée par Giovan Battista Zucchi, qui a refait exactement le même périple qu'en 1928 sans aucun problème.
A ce jour, le moteur fonctionne encore bien et personne ne peut dire jusqu'à quand il tiendra !

La GT500-Norge La carte postale éditée par le Moto Club Carlo Guzzi

 

C'est une belle idée que d'appeler Norge le modèle actuel, mais on pourrait aussi bien appeler "Naco" un modèle tourisme et "Taj" un modèle sportif ! ... VIRUS, QUAND TU NOUS TIENS ... !

Auteur : Salvatore, Anima Guzzista di Normandia - Source :  Vanni Bettega et  Anima Guzzista- août 2006