"Prenez de l'angle. La chute sera moins douloureuse."



Avertissement: ne tapez pas sur votre écran. Les photos sont garanties d'époque... ;-))

Cela fait dix ans que je n’avais pas emprunté pile poil cet itinéraire… C’était le dernier Grand Prix de France sur le circuit Paul Ricard. Depuis, je suis bien passé quelquefois par-là, je compte ça sur les doigts d’une main, mais sans que ce soit un but en soi. Entre temps, ce nom qui sentait bon la Provence et l’anis a été délaissé au profit de celui, plus évocateur du XXI ème siècle, de High Tech Test Track… Un truc pour les « milieux autorisés » comme disait le gros à salopette, et comme il le disait aussi, « circulez, y a (plus) rien à voir ». Sauf qu’aujourd’hui, il y a à voir… Ironie du sort, une bonne partie des meules qui ont envahi le parking du High Speed Club, nous ramènent à une époque où, entre le Grand Prix, le Moto Journal 200, le Bol d’Or, il y avait beaucoup à voir. (et à manger)

Le SUNDAY RIDE CLASSIC, une idée simple et intelligente. On vient librement passer un moment, rien à débourser, rien de commercial.  Pour montrer sa bécane, voir celles des autres, rencontrer des inconnus qui ne le restent pas, passer un moment avec des potes, sans qu’il y ait besoin d’animations, de barnum quelconque. Il fallait y penser, c’est fait, c’est bien. Et ce n’est pas tant la corde de la nostalgie qui vibre. C’est plutôt le témoignage d’une époque où marques et modèles s’identifiaient clairement ; même les Japonais faisaient preuve d’imagination avec des motorisations variées, par leur cycle ou le nombre de cylindres. Une période où le slogan publicitaire ne tentait pas de vainement masquer l’uniformité de la production. Sérieusement, une GG Réplica porte en elle bien plus de saveurs brutes de la course que n’importe quelle hyper sport du moment.

Je me pointe sur le coup des dix heures. Le parking est déjà bien plein. Je trouve tout de suite une place de choix au côté d’un SR et d’un Dominator que j’ai identifiés au premier coup d’œil. Tout comme je reconnais immédiatement leur concepteur/propriétaire, Patrick, « maître » du site CURVE’N SPEED. Je fais donc connaissance de Patrick et Claire. Petite discussion dont il ressort que c’est vraiment sympa d’être là, qu’il manque quand même dans le Sud d’ici quelque chose autour du Café Racer et que M. Grober, une commune connaissance, pourrait avertir les potes quand il va au Motor Festival d’Avignon ;-) Je laisse notre homme aux mains d’un Sriste désireux de quelques tuyaux techniques… Il est temps de zoner sur le site, histoire de voir, de photographier, de causer…
Tiens, je connais ce chop… Buzzi ne doit pas être bien loin.

« C’est à toi le Rosso Mandello ?
-Lequel, celui sans tête de fourche ? (Je dois préciser que : il y a en effet un autre Rosso M. sur les lieux ; que je dois avoir une tronche à rouler avec cette moto : cela prouve que nous sommes bien faits l’un pour l’autre ou le contraire.)
-Ouai, celui là. C’est quoi ton support de plaque. Moi j’ai un Le Mans et…
Je coupe court. Pas à la discussion, à sa relation. Bref, je montre, j’explique et surtout donne le bon tuyau : « Viens donc sur le site Twin Zone, tu devrais trouver ton bonheur. Un pote, a fait une transfo très bien et pas chère à partir du support d’origine. » (Jean-Marc, on va peut-être avoir besoin de tes lumières.) C’est le moment où surgit Buzzi. Nous partons donc de conserve visiter un peu plus. Entre les Allemandes, les Anglaises, les Italiennes les Japonaises, on a de quoi s’occuper la rétine. Entre des machines qui semblent sortir de la concession, les « dans leur jus » qui marchent au poil et quelques engins exceptionnels je me régale. On se sépare un moment, je poursuis mon raid photographique… On se récupère.
« Au fait tu as vu la Stelvio ?
-Ben non ? Elle est où ???
-Là-bas, viens voir. C’est quand même inquiétant comme machine… Ah, elle est partie. » Je vais vous avouer un truc… Je suis passé à côté en zyeutant un 650 XS et un 500 SR. Dans mon champ de vision, deux phares ronds… Mon cerveau a déclaré. « Tiens un 1200 GS… »

Du coup, j’en profite pour en savoir plus sur son chop. J’aime les chops, les vrais, faits maisons. La greffe entre le twin Guzzi et le cadre BMW série 2, un truc de gamin à l’écouter : quelques coups de scie, je te chauffe un peu les tubes, je te soude la partie inférieur d’un Tonti sur le BM. Et le tour est joué. Une semaine de boulot. J’ai toujours aimé l’apparente facilité de ce genre de boulot, narrée par son auteur… En tout cas, chapeau pour ta bécane mec. Et comme tout vrai chop, il n’est jamais terminé, dixit son créateur.

Pour en finir avec ce moment de pure poésie mécanique, je m’en retourne au premier paragraphe. On tombe sur un pote de Buzzi. (850 GT très roots) Ca parle, ça discute. Quand on rencontre des potes, immanquablement, on est un gentleman ou on ne l’est pas, on propose de boire un coup, histoire de causer assis. Terrasse du High Speed Club, extérieur jour.
Pascal V : « Vous avez quoi comme pression,
La serveuse : « Désolé monsieur, ici c’est un bar sans alcool ; nous avons de la bière sans alcool » *
Pascal V : « A boire quelque chose sans alcool, ça ne sera pas de la Tourtel. » 
Buzzi (qui connaît son Fernand Raynaud sur le bout de doigts) : « Ce sera un café… avec deux whisky. »
Oui vraiment, Paul Ricard, c’était mieux…

En marge de ce bon moment de bécane, je suis rentré at home par des voies pas vraiment directes. Des bancs de la communale, j’ai retenu, par exemple, que la ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre. Du tarmac parcouru depuis, il ressort que la courbe est la plus jouissive pour l’esprit. Aux intoxiqués de l’autoroute, je recommande sans modération: Signes/Méounes (D2) matin midi et soir ; le « col du petit Galibier » (D 85) au départ de St Zacharie a volonté. Si la crise persiste une cure massive de la « spéciale » Pourrières/Puits de Rians (D 23) devrait l’enrayer. Quant à l’environnement généreux des faces nord de la Ste Beaume et de la Ste Victoire il est à même d’effacer le blues de la semaine de boulot. Une bien belle journée comme on aimerait en voir plus souvent !

*Bar et sans alcool. Voilà un apparentement curieux. Sans faire l’apologie de picole, c’est à peu près aussi incongru que Roux sans Combaluzier, Boileau sans Narcejac ou Moto Sans Guzzi. De ce point de vue, on préfèrera l’Open Bar lambescain de M. Grober.



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