"On a les moyens de fabriquer des hommes de synthèse mais vu le chômage, c'est retardé. "


La virée sur le Moto Tour 2011 était prévue depuis un moment. Allez encourager le pote Alain Cuc qui se lançait dans le grand bain de la course sur la boucle Toulon/Corse ainsi que le couple Dédé/Anne Marie et son désormais célèbre attelage rouge. En profiter pour causer un peu avec Etienne Godart dont on se régale des compte-rendus de course depuis quelques anneés. Mission accomplie. En partie. Etienne dont vous lirez les lignes ci-dessous nous offre son récit le plus court... Après son gros crash de l'an dernier tout prés du but, l'histoire bégaye cette année et ce dès le deuxième jour de l'épreuve. Morose Etienne, et cela se comprend. Mais le style est toujours là. Merci à Phil qui m'a fait parvenir le texte.

COMME DANS UN REVE

Chaud bouillant à la Ferme pour le boulot, mais le chargement pour Val de Reuil s’est fait comme dans un rêve avec Sébastien Brugues envoyé par Fanfi. Certains ont dû connaitre son paternel qui à la préhistoire des Journées Ducate à Nogaro se faisait remarquer avec une Ducazuki. En montant aux vérifs, petit passage en fourgon à la spéciale de la Pochinière et aux 2 bases chronos du début, puis install dans le paddock. Vérifs de rêve samedi matin, en 2H ça a été plié, avec une perf remarquable au banc de puissance: 103 CV, c’est parfait. Salut Pierre Gegout, pile à l’heure. Des difficultés à manœuvrer la meule à l’arrêt à cause du pied cassé il y a pile un mois. Du coup les organisateurs sont aux petits soins et me mettent pas trop loin dans le parc fermé. Dimanche défilé chiant en ville puis enfin 60 bornes de routier avec un super piège au début: la police nous envoie à l’opposé du tracés. Là où certains vont jardiner 20 mn, je m’en sort de suite. Content d’être enfin sur la brêle, tout fonctionne, le pied n’est guère gênant, un peu chaud en fin de liaison quand même. Un peu déçu par le chrono en spéciale: 24° temps (6° en 2010). Mais le bestiau est sauvage, et difficile à dompter à chaque sortie d’épingle avec des weelinges intan et pestifs qui occasionnent des coupures d’allumage.

JOJO

Visite surprise de Jojo et Olive, bien du plaisir à les voir. Quelques nouvelles du Sosie au passage: il est bien directeur d’usine maintenant (voir quelques Ma! précédents), mais a des soucis de vue: il a perdu déjà un oeil, et est en train de perdre irrémédiablement l’autre.

TUTTI VA BENE

Départ dans la nouit lundi matin, avec tout l’accastillage, phare additionnel, et surtout les manchons. A la pause de midi, je suis un peu découragé par le bras fracassé en 2010 qui me crée des soucis. Maniement des boutons compliqués, par ex, très douloureux pour actionner les clignos. Vais-je arriver à tenir la semaine? Pas sûr. Et puis l’après midi, après avoir enlevé manchons, blousons, phare et autres bricoles, le plaisir revient. A la Pochinière, un peu d’attente. Ca permet d’affiner les pressions, de profiter du coup à boire offert par le MC local, et de tenter de se renseigner sur la forme des  chicanes annoncées. Pas facile d’avoir des infos fiables, faudra faire avec et découvrir le bazard quand on sera dedans.

LA ROUTINE

Départ, quel plaisir de se retrouver enfin sur une vraie spéciale avec une bonne meule après un an de disette. Ces longues accél, bien souples et régulières, il n’y a que le moulbif Ducate pour donner ce plaisir. Oups, tain, ces chicanes, c’est pas évident hein. Ah, voilà déjà la 3°. Bon, de loin, on arrive à voir l’entrée et la sortie, ça se présente bien... heu non, non, non, elle n’a aucune profondeur cette chicane, et on ne le vois qu’une fois dedans, bon, ça va frotter à droite sur l’air fence de la chicane de sortie, comme Bouan sait si bien le faire, et là, la routine: crac boum, le genoux droit tape, mais ce n’est pas du tout de l’air fence, c’est bien piu dur, une sorte de mousse très très dense. Me voilà dans le fossé, et là ça devient flou. Je reprend tt mes esprit à l’hosto d’Angers.

BILAN

Une hanche déboitée, c’est kèk chose ça. C’est la tête du fémur, le gros os de la couisse, qui s’est barré de son logement dans le bassin, tu vois le merdier. 3 côtes et la clavicule droite cassées, un pet à la tête de plus et un nouvel impact sur le genoux. Je suis dégouté grave, écœuré. Ils m’on opéré le soir même pour remettre l’os en place, et là 4 jours après, je galère comme rarement. Toujours impossible d’utiliser les béquilles à cause du bras gauche patraque de l’an passé, fracture pied droit (3° métatarse) d’il y a 4 semaines pas consolidée, et voilà ces merdes supplémentaires. Impossible de dormir couché, donc c’est en pointillé dans un fauteuil, je croyais ça impossible, mais non, on arrive à survivre. Mais c’est tout, pas capable de faire grand chose d’autre.

HERVE

A l’hosto, visite d’Hervé Robillard, le régulier de Véro la Préze du DCF (Doucati Klub). Par le plus grand des hasards, il était commissaire à cette foutue chicane. J’étais le 22° à passer, mais parait qu’il y en a eu une dizaine qui sont sortis dans l’herbe, également surpris par la forme de cette chicane. Après mon pet, ils ont modifié sa disposition pour les suivants. Il y a eu d’autres chutes sur les chicanes suivantes, et Bouan a poussé une gueulante à la remise des prix en disant qu’elles étaient dangereuses.

POURQUOI?

3 tôles fracassantes en un an alors que j’avais plutôt la réputation de ne tomber que rarement. Loi des séries ou autre chose? Sur les 2 dernières, c’est clairement un manque de discernement ou de bon réflexe de ma part, même s’il y a des circonstances atténuantes. Alors manque de roulage? moins de réflexe par rapport à un plus jeune (les 1° passages ont fini dans l’herbe, mais sans tomber)? Pas en possession de tout mes moyens (pied et bras KC)? Sans doute un peu de tout ça.

STOP?

Alors, il est peut être temps d’arrêter, mais pourtant, continuer j’en ai envie, mais là, je commence à en avoir ma claque de souffrir comme ça, de casser du matériel, de gaspiller du pognon, de me décrédibiliser, de faire comme les chiens qui se courent après la queue et d’être à chaque fois limite dans la préparation pour des problèmes de fournisseurs, ou de pièces qui n’arrivent pas, j’en ai assez de devoir me bagarrer ainsi sans cesse rien que pour préparer la meule. Je rêve d’un monde ousqu’on me tende les clés de la meule préparées avec les pièces de rechange en stock, et qu’on me dise simplement d’y aller sans que je passe du temps à galoper après chaque morceau du puzzle. Il y a des choses gravissimes qui se passent à la ferme pendant que je perd un temps fou pour me préparer: la veille du départ, il y avait dans mon bureau l’expert comptable, des administratifs de la région et du département, la banque au téléphone, pour situation d’urgence: les travaux de l’abattoir et ses surcouts plombent l’avenir de la ferme. On est en train de faire faillite.  Ils me parlent de refaire un plan de financement global sur le long terme: en français, ça veut dire qu’il faut que je souscrive un emprunt avec des mensualités de plus de 3000 zorros jusqu’à 67 ans. Quand je pense que j’ai des potes qui sont déjà à la retraite! J’ai l’impression de vivre une sorte de cauchemard permanent, nuit et jour, et il y a cette fantastique meule dans le garage, que j’ai envie de garder, mais que je ne peux pas, qu’il va falloir revendre. Mais avant ça, faut la réparer, (araignée et T  + quelques bricoles). Et rien que ça, ça me dégoute de m’y remettre. C’est comme si tu devais mettre une super robe à la maitresse que t’adore pour aller tenter de la faire reprendre par la SPA. L’idéal serait de transmettre à un gars intéressé par les rallyes, car toutes les modifs faites sont plutôt utiles pour ça.

ET FAIRE KOI?

Non, pas tenté par les balades routières. Quand t’as pris gout à tordre la poignée sur route, rouler ensuite en touriste parait bien fade. Faire des virées exotiques pourraient être un moindre mal. Mais sans doute que le mieux serait de rompre total et de se lancer dans la plongée sous marine ou l’ULM. Décision une fois réparés (la meule et moi) à moins d’avoir une offre de suite pour la brèle (et il y aura ensuite pas mal d’accessoires rallye), mais bordel, ça fait chier d’arrêter.

LE PLUS CHIANT

A part les douleurs, le plus chiant ce sont les innombrables conseils (tél, e-mail ou conversation) du style: mais Etienne, tu crois pas qu’il serait temps d’arrêter, que ce serait temps de devenir raisonnable? Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, et surtout, la plupart, ils ont leur dimanche pour eux tout seuls, pas obligé de bosser sans arrêt, et d’avoir une once de pensée qu’une échappatoire, c’est vital.

 
Chi va piano va sano (ouais, mais c’est pas marrant)

 

Etienne

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