"La formation des jeunes? Et pour leur donner quelle forme?"


MAGNY COURS 10 & 11 JUILLET 2004

 

LA VICTOIRE SANS LA VICTOIRE

Par les twins envoyés spéciaux Salvatore & Pascal.

Dimanche 11 juillet, 17h45, La Guzzi Moto Bel n° 1 de Christophe Charles-Artigues et Daniel Moquet franchit en vainqueur la ligne d'arrivée, au terme de la seconde manche du deuxième Bol d'Or Classic. Cette victoire, point d'orgue de la domination d'une équipe durant tout ce week-end, ne permet pas, hélas, à Christophe et Daniel de réaliser la passe de deux. Retour sur une fin de semaine mouvementée.

A l'occasion de cette deuxième édition, Moto Bel, vainqueur en 2003, remet son titre en jeu dans des conditions identiques. Mêmes équipages, mêmes motos, qui ont bien sûr évolué pour plus de performances, malgré un règlement technique plus contraignant, au niveau des suspensions notamment. On ne change pas une équipe qui gagne, air connu. Autre différence, ce Bol se court en deux manches de 1 h 30, en lieu et place des trois d'une heure. L'optimisme est de mise, chez les supporters des blancs en tout cas!
Si la condition des motos ne nous crée pas de soucis, il n'en va pas de même pour celle de Jacques Ifrah, le sorcier de Levallois, l'âme du team Moto Bel, opéré d'urgence d'une appendicite aiguë le vendredi précédent. Samedi matin en arrivant sur le circuit, notre première visite est naturellement pour "notre"équipe. Bonne nouvelle, Jacques est présent et opérationnel. La n°1 de Christophe et Daniel est entre les mains expertes des mécanos du team pour d'ultimes mises au point. Gros souci par contre pour la n° 13 de Christophe Gaime et Eric Maurice, journalistes à Moto Revue Classic. Boîte de vitesse "out", la moto attend des pièces qui se trouvent à ce moment là entre Paris et Nevers. La première séance de qualification débute dans moins de cinq heures…


Premiers essais, libres, en milieu de matinée. Christophe s'élance sur la piste alors que la séance est déjà bien avancée. Avant même qu'un temps soit annoncé, nous sommes très impressionnés par ses passages dans la ligne droite des stands. La machine pousse très, très fort, doux euphémisme. On rêve en songeant qu'il s'agit d'un twin culbuté, refroidi par air dont la conception remonte à près de quarante ans! Toute aussi forte est la sensation qu'il nous procure quand, au bout de cette ligne droite il plonge dans le gauche qui suit; c'est tout bonnement époustouflant. Ce n'est que la confirmation de l'osmose qui règne entre le pilote et sa machine. Christophe au guidon d'une Guzzi, c'est l'accord parfait entre la mécanique et son pilote. A son tour, Daniel prend le guidon, histoire de se mettre "en jambes" et comme il fallait s'y attendre, lui aussi pousse "velu"! Ces quelques tours "libres" ont d'ores et déjà rassuré le team et doivent poser questions à leurs adversaires. La 13 quant à elle n'est toujours pas en état de quitter le paddock.
Les séances qualificatives sont divisées en deux, une pour les pilotes à brassards bleus, l'autre pour les blancs. La Guzzi entre rapidement dans la danse aux mains de Christophe qui va rapidement établir un temps de 2'00"339. Personne au cours du premier run, pas même Jean-Claude Chemarin qui mène une très rapide Yamaha TZ 750, ne sera en mesure d'inquiéter "Moustique". Chez les aigles, on se frotte les mains. Dans la série blanche, Daniel emmanche de plus en plus fort et signe le deuxième temps de son groupe; mais là encore, aucun pilote n'approche la pole provisoire. Pendant ce temps là, l'équipe technique travaille d'arrache pied afin que le tandem Christophe Gaime / Eric Maurice puisse monter en piste pour les derniers essais qualificatifs.
Contrat rempli pour les mécanos, qui livrent une moto en état de marche à ses pilotes pour disputer l'ultime séance et pour le duo de journalistes qui va se qualifier plus qu'honorablement au regard de leur peu de roulage avant cette séance. Pas de droit à l'erreur pour eux. Sur la piste, les adversaires de la Guzzi n° 1 n'entendent pas en rester là. Alors que le drapeau à damier est en passe de s'abaisser, Chemarin se fâche tout rouge et rafle la pole en 1'58"700. Christophe reprend la piste le couteau entre les dents, améliore son temps en 2'00"133, mais ne fera pas mieux. L'affaire est dans le sac et comme en 2003, la Yam' de Chemarin / Boinet réalise le meilleur temps absolu. Toutefois, le deuxième temps de la Moto Bel n° 1 est le sésame pour être placé en tête. En effet, le règlement stipule, pourdes raisons évidentes de sécurité, que toutes les machines privées de démarreur partent du fond de la grille et la TZ 750 est de celles là.



Le jour décline lentement lorsque les machines se placent en épi le long du muret des stands. Le ciel qui s'est montré clément tout au long de la journée, malgré les nuages omniprésents, nous inquiète. Il paraît bien sombre vers l'ouest… La n° 1 côtoie la Honda PEM de Grandvoinet / Desbordes, suivie de la BMW R 90 S Arcueil Motor de Daridan / Cantel; l'Europe ne baisse pas les bras (et peut même lever le coude) face aux "jaunes". Dernières secondes. Le silence tombe sur la ligne de départ. Baissé du drapeau. Ovation de la foule. Course des pilotes vers leur machine. Christophe, un peu surpris n'est que le troisième en action. Déjà, tout le peloton est passé, disparaît dans le gauche. Premier tour. A la sortie du raccordement on comprend que la Guzzi est en tête. La moto avale la ligne droite et a parcouru la moitié de celle-ci, avant que le deuxième n'apparaisse. Cris de joie, gestes d'encouragement. Christophe termine la deuxième boucle. Ce n'est plus un trou, c'est un gouffre. En l'espace de deux tours, les poursuivants sont relégués à 15 secondes! A ce moment, les superlatifs manquent pour exprimer la performance de Moustique et sa machine. Il faut rester calme néanmoins et surveiller la remontée des 750 deux temps, que ce soit Chemarin, Husson ou Gougy, des noms qui parlent bien aux presque quinquagénaires des tribunes. Mais voilà, si la moto de Chemarin remonte bien vers les avants postes, la Moto Bel continue de creuser l'écart et porte rapidement son avance à 35 secondes sur la Yam'. Les Guzzis fans sont au septième ciel, les autres sont en voie de conversion… Après environ 20 minutes de course, intervention des safety cars. Les concurrents se retrouvent groupés en deux paquets et suivent sagement. La neutralisation s'éternise et Chemarin rentre au stand, en proie à des problèmes d'éclairage. Bien qu'une partie du circuit soit éclairée, les feux sont à la fois utiles et obligatoires! Résultat, Christophe possède maintenant un tour d'avance sur son adversaire le plus sérieux. La neutralisation prend fin et quasi simultanément la pluie s'invite sur la tarmac de Magny-Cours. Quelques fines gouttes, puis carrément la grosse averse. En abordant l'enfilade d'Imola, Christophe sent l'arrière qui décroche, dans un sens, dans l'autre… La gamelle approche à grands pas et la Guzzi finit par embrasser le goudron! Explication de Christophe: Les formules 1 qui ont occupé la piste le week-end précédent ont déposé de la gomme. Sans conséquences sur le sec, les dépôts ajoutés à la pluie ont rendu celle-ci très glissante par endroits, avec le résultat que l'on connaît. Heureusement, ni le pilote ni la machine ne sont sérieusement touchés. Tous deux parviennent à regagner les stands. Le team s'affaire, remet le twin en état. Daniel repart. Bien entendu, pour la victoire, c'est râpé (comme le cuir de Moustique) d'autant que la pluie persiste même si elle est moins violente. Au terme de la première heure et demie de course, le drapeau à damier s'abaisse devant Jean Paul Boinet et la Yamaha. Pour nous, l'espoir a laissé place à la désillusion. Un rapide passage au stand nous permet de constater que l'équipe est moins atteinte moralement que nous ne le craignions. Tous connaissent la loi des sports mécaniques, que la défaillance affecte le pilote ou l'équipe technique, rien ne sert de vouloir réécrire l'histoire et chacun a l'esprit tourné vers la seconde manche du dimanche après-midi. Tout n'est pas noir, la cinquième place de Christophe Gaime et Eric Maurice sur la n° 13 confirment la qualité des machines de Levallois, grâce à leur régularité et au fonctionnement sans anicroche de leur moto. Le mot de la fin de cette première manche pour Daniel: "C'est marrant, dès qu'il pleut, plus personne ne roule… Mais moi, je me régale!!" No comment.



Dimanche matin, nous trouvons le groupe au grand complet, mécanos et pilotes s'affairant sur la n° 1. Contact, démarreur. Le moteur s'ébroue, gronde quelques instants. Arrêt immédiat. Les oreilles averties des techniciens ont décelé une anomalie. Dans la seconde qui suit, Jacques, et Bernard sont à l'œuvre. Pour le commun des mortels que nous sommes une bonne semaine de réflexion et de boulot n'est pas superflu pour ouvrir le bouilleur. Le temps pour moi de cogiter cette phrase, culasses et cylindres sont déposés et le diagnostic posé: amorce de serrage du cylindre gauche. Cause probable: déjaugeage du carter d'huile consécutivement à la chute d'hier soir. Dans un laps de temps aussi court que le précédent tout est contrôlé, vérifié, remplacé, remonté. La "1" va permettre à ses pilotes de faire parler la poudre cet après-midi.


Alignées dans le même ordre que la veille, les motos attendent leurs pilotes. Libérés par le starter, ils s'élancent en trombe. L'aigle peine un peu à démarrer. Au premier passage, Christophe qui a délaissé sa combinaison flambant neuve de la veille pour une qui a bien vécu (un fétiche?) pointe en onzième position. Deux passages plus tard, il a récupéré son bien et roule seul en tête. Sur une piste au grip retrouvé, il va à nouveau nous gratifier de passages dantesques, particulièrement dans ce gauche des stands. Dans cette courbe, il se montre impérial. A chaque tour, intérieur, extérieur, toutes les solutions sont bonnes pour dépasser dans le trafic. La cerise sur le gâteau, c'est un adversaire déposé à l'intérieur en entrée et un autre à l'extérieur en sortie. La vitesse du twin de Levallois est stupéfiante, rien ne lui résiste! Du grand, très grand Charles-Artigues! Ajoutez à cela, la simplicité et la bonne humeur, vraiment, chapeau Moustique. La n° 13 quant à elle poursuit sa route, sans tambours ni trompettes, avec efficacité en tout cas, ce qui va lui permettre de confirmer son classement du samedi. Au gré des changements de pilote, d'une nouvelle intervention des safety cars, de la pluie qui va se rappeler à notre souvenir les 90 minutes de course vont permettre aux uns d'assurer une bonne place, aux autres de remonter. Les jeux sont faits. Daniel, toujours avec le sourire, effectue l'ultime relais, confirmant sa complémentarité, pour ne pas dire complicité, avec Christophe; à lui de gérer l'écart créé, ce dont il s'acquitte fort bien et même plus. Il coupe la ligne en vainqueur au terme de cette manche et des 3 heures de course. La victoire sans la victoire!

Classement

1er Chemarin - Boinet Yamaha TZ 750
JMB Racing
2ème Daridan - Cantel BMW R 90 S
Arcueil Motor
3ème Ruiz - Geniès Honda CR 750
Marcel Boulardier*
   
5ème Gaime - Maurice Guzzi 1000
M.R. Classic Moto Bel'
   
9ème De Rothiacob - Havet Guzzi 850 LM
Moto Expert
   
13ème Gomis - Basselin Guzzi 850 LM II
Team Reflex
   
15ème Charles-Artigues - Moquet Guzzi 1000
Moto Bel'

* ce doit être un team grolandais!!!

Quoiqu'il en soit, et au-delà même du résultat de la course, un grand bravo à tout le team Moto Bel'. Merci à vous, Jacques, Nicole, Christophe, Daniel, Bernard et tous les autres pour nous avoir tant fait vibrer l'espace d'un week-end. Y' a des jours comme ceux là, où on est vraiment fier d'être Guzzistes.

A l'année prochaine… en tout cas, nous on sera là.

Crédits photos: Moto Bel' - Salvatore - Pascal

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