DE LA PRATIQUE DE LA MOTOCYCLETTE EN MILIEU HOSTILE.

Il n'en finit pas de se terminer cet Hiver. Pourtant, le calendrier est formel: 22 décembre – 20 mars. Rien de nouveau donc. Neige, froid, humidité, vent... Peu de ces journées d'hiver méridionales ou le bleu du ciel le dispute à la vivacité de l'air qui fait un peu tourner la tête. Du coup, j'attends. J'attends et je songe déjà aux quelques sorties qui nous feront apprécier la douceur du printemps en gestation. C'est le cas du Sunday Ride Classic qui propose à nouveau pour avril un « revival » sur l'ex circuit Paul Ricard. A la consultation des informations en ligne, mon enthousiasme naturel ne fait qu'un tour (de piste): " Les spectateurs pourront accéder à l'enceinte du Paul Ricard dans son intégralité  et ainsi  parcourir tous les virages depuis le bâtiment des stands jusqu'au Double Droite du Beausset !!!"  Enthousiasme rapidement douché après un échange de mails avec l'organisation: " ...le Paul Ricard reste strict sur l'accès paddock. Il sera réservé aux participants. Nous bénéficierons de quelques accès VIP donnant accès aux boxes et au repas, mais l'entrée générale à 10 euros n'y donne pas droit." J'ai du mal a intégrer cette notion d'intégralité parielle. Bref, cette année encore ce sera sans moi. Coupes Moto Légendes, Bol d'Or Classic, Biker's Classic et j'en passe, toutes ces manifestations nous permettent d'aller au plus près des machines et de leurs équipes. Au HTTT, si tu n'est pas des "milieux autorisés" chers à Coluche, passe ton chemin. Donc, les milieux (y compris les côtés et les coins) autorisés je n'en suis pas et du SRC d'avril, non plus. Étrange quand même qu'une réunion libre et informelle se transforme un fois l'an l'an en club privé. C'était ma rubrique rendez la moto au populo!

Du coup, je suis retourné à mon hiver, pour y retrouver ceux qui font fi de la saison de la météo quant à la pratique de la motocyclette et qui, surtout, se fichent des autorisations pour ce qui est de rouler.

Après tout, en dehors des Suédois coincés au fond de leurs forêts à imaginer et construire des choppers longs comme des porte-avions, est-on contraint par les frimas à laisser la moto au fond de son box? Il en est qui n'ont aucuns états d'âmes à ce sujet. L'envie de rouler est la plus forte. Je pense tout de suite à HUBERT KRIEGEL et ses "Dix ans sur la route". L'homme a choisi de repousser les limites du voyage, en side-car, en l'érigeant en mode de vie. Décider de s'affranchir de toutes les contraintes du sédentaire et parcourir le globe, "horizontalement et verticalement" sur trois roues n'est pas anodin. Il fait partie de ses hommes qui prennent leur destinée en main et mettent un jour la flèche pour délaisser l'itinéraire balisé sur lequel on pense les trouver jusqu'au bout. Commence alors une vie guidée par les envies et non les besoins. Mais pour ceux qui ne connaissent pas HUBERT, prenez donc le temps de le découvrir à travers son itinéraire planétaire.

J'ai été captivé par le personnage à travers une photo de son BMW/Ural stationné sur la glace du lac Champlain auprès de sa tente dans laquelle il venait de passer la nuit. Choix très personnel, ses itinéraires ne relèvent en rien de la promenade de santé. Dès le début de son "Timeless ride" au départ de New-York, il met le cap sur l'Alaska, au mois de Février 2005, franchissant le cercle polaire pour finalement séjourner seul quelques jours sur les rives de la mer de Beaufort.

Pour faire bonne mesure en février 2009, il passe à nouveau cette ligne mythique, en Norvège cette fois, au guidon de son Ural 2WD. Pour enfoncer le clou, le voici au moment où j'écris ces lignes au fin fond de la Mongolie, affrontant des froids exceptionnels qui mettent à la mal les troupeaux des bergers mongols. Bergers mongols qu'il côtoie au plus près au gré des rencontres de la route.

Je remercie Hubert de nous faire partager son expérience, où se mêlent la magnificence des lieux traversés et les rencontres empreintes d'humanité. Tout ceci dans une extrême simplicité, sans notions d'exploit ou d'exploitation commerciale. Une vie de liberté, d'enrichissement personnel, sans jugement. La moto, cela peut servir à cela.

 

La route l'hiver, je l'ai vécue aussi par le récit de Didier MICHAUD; huit jours à travers l'Europe avec comme point d'orgue le fameux ELEFANTENTREFFEN. Son histoire montre s'il en est besoin, que la difficulté d'un cap Horn ou d'un Everest n'est point tant le lieu lui même que le chemin qui y mène. Le lecture de ce morceau de vie sur deux roues montre encore une fois que surpasser les vicissitudes de la route est l'apanage des modestes. Cette virée il en avait envie, il l'a accomplie avec la volonté et la tranquillité de l'artisan qu'il est. Ne manquer pas d'accorder un moment aux autres textes, où l'on se rend compte que les grands voyageurs ("...se posent sur le ventre d'une âme sœur ne respectent pas les consignes...") vont au long de la route sans GPS. Mais la saison n'y fait rien.

Est-ce à dire que l'hiver est la saison des grands migrateurs? Pas seulement. Pendant qu'au loin dans la taïga s'allongent les fourches des chops, progresse l'Ural dans la plaine glacée, boivent un coup autour d'un feu les Elephants, le Joe Bar Team Boréal continue de se tirer la bourre! Une bécane plus ou moins âgée, de préférence quand même avec de la bouteille, des pneus à clous, un lac gelé et GAZ! Enfin, ils vérifient au préalable qu'aucun side-cariste ne campe sur la surface... Le mouillé c'est dans la tête, la glace dans le Ricard! Pas chez les Nordiques. Ils sont dessus, gaz en grand avec un grand sourire sur les lèvres. (gercées)

Allez, pour finir, je n'oublie pas les potes qui courent les hivernales de l'hexagone, ceux qui sortent la brêle dans le noir glacial de janvier pour aller bosser et ceux qui auraient pu faire Issarlès 2010.

Va rouler!

PS: Pour les amateurs de glace, à connaître aussi, le KRYSTALL RALLY.

Bonsoir chez vous.

PASCAL mars 2010