RACER A QUOI?

Les ruines du deuxième conflit mondial fumaient encore. Pourtant de part et d'autre de l'Atlantique des jeunes en manque de liberté et de sensations donnaient naissance sans le savoir à des genres motocyclistes toujours vivaces près de 60 ans plus tard. L'idée était identique, même si le « produit fini », question de culture, différait dans la forme. Prendre une moto et améliorer ses performances essentiellement par une cure d'amaigrissement drastique, la rapprochant un peu, d'un engin de course. Le Bobber étasunien et le Café Racer britannique étaient nés.

Du côté de la vieille europe, bien que le genre ne soit pas exclusivement anglais, c'est bien cette nation qui est devenue emblématique de l'espèce. A l'instar de monsieur Jourdain prosateur à l'insu de son plein gré ils sont pléthores ceux qui roulaient en CR sans le savoir. Toute nation à la culture moto un tant soit peu développée comptait des adeptes de la modification sportive. Phénomène d'autant plus concevable que les modèles purement sportifs ne couraient pas les rues en ces temps (presque) immémoriaux. Un guidon bas, une paire de mégaphone, voire un seul, les multi-cylindres ne couraient pas les rues, et le tour était joué. Seuls peut-être les Italiens dans les années 60 avec notamment les monos Ducati connaissaient l'ivresse de machines résolument tournées vers la performance. (A la mesure de leur cylindrée)

Bref, sur la foi du credo de départ beaucoup d'entre nous ont eu à un moment ou un autre un Café Racer entre les jambes en l'ignorant. Pour ma part, j'ai découvert l'expression dans un Moto Journal du milieu des 70's à propos d'un 250 Yam préparé par la concession parisienne PMS. L'engin avait tout d'un TZ, le carénage en moins. Et puis, plus rien durant de longues années. Quand je dis plus rien, je me comprends. Sur la route, on a vu fleurir au fil des ans des modèles « clés en main » se rapprochant au moins par l'allure des pistardes pour la plus grande satisfaction des amateurs du genre. Mais sont-ce des Café Racer? Je vais y revenir.

A l'aube des des années 2000 débarque dans les kiosques « Café Racer » dont le titre ne laisse planer aucun doute sur les intentions, contrairement à « Point de Vue ». (Images du monde) Je passe sur la vie légèrement chaotique du canard qui semble à présent avoir trouvé une stabilité durable. L'avènement de ce magazine a contribué à l'émergence d'une communauté qui s'ignorait, à l'organisation d'évènements et de rencontres officiels ou pas, bref à la vulgarisation ou la popularisation du genre. La lecture de cette revue depuis ces débuts m'amène à quelques interrogations.

Et d'abord, un Café Racer de série est-il en Café Racer? On trouve sur le marché quelques modèles estampillés comme tels. Du prêt à porter en quelque sorte, prêt à racer comme aime à le dire le mag' sus cité. Ces machine sont sensées porter en elles tous les attributs du genre, allant à l'encontre même de l'esprit originel de la chose. Alors, pas facile en vérité.

Une sportive pur sucre, quel que soit le manufacturier, peut-elle être considérée comme un Café Racer? Ah, ça ne s'arrange pas vraiment.

Un Café Racer doit-il être bon marché? Pas évident. Sachant que le bon marché est rare et que tout ce qui est rare est cher, ce n'est pas gagné.

Un vrai Café racer doit il être bardé d'aluminium poli, même si c'est très moche?

Un Café Racer doit-il être beau? Il en va en matière de moto comme du reste. Le plus attirant à la rétine n'apporte pas forcément la plus grande jouissance. Si vous voyez ce que je veux dire.

Un Café racer doit-il s'étaler dans la presse spécialisée avec la mention « à vendre  cause autre projet » le rapprochant par là d'une dérive connue dans le milieu dit « custom ».

Peut-on raisonnablement envisager de construire un Café Racer sur la base d'une moto du XXI ème siècle?

Un engin bardé d'une panoplie d'accessoires Rossozoma, est-ce un Café Racer? Tendance qui le rapproche alors de celle du « bolt on », chère également au milieu custom. Tendance qui irait d'ailleurs dans le sens d'un alourdissement de la machine, s'opposant ainsi à la philosophie de départ.

La mécanique d'un Café Racer doit-elle être refroidie par air? Si oui, doit-elle impérativement être à carbus et accuser au moins 40 ans d'âge?

Un Café racer doit-il être obligatoirement équipé de bracelets? Si oui, sous le té de fourche?

Un (une) pilote de Café Racer doit-il obligatoirement orner son chef d'un casque jet d'un marque branchée et chère? (Ce n'est pas à Davida (in a gadda) que je pense.) Voire même d'un bol gris?

Partant de là, le Perfecto agrémenté de colifichets divers fait-il le pilote du Café racer?

A-t-on le droit dans une réflexion sur le Café Racer d'inclure des parenthèses dans d'autres?

Le Café Racer doit-il être l'apanage d'obscurs mécanos motodidactes œuvrant secrètement au fin fond de leur cour?

Le Rock Garage est-il au Café Racer ce que l'accordéon musette est à la Monnet Goyon?

Une California est -elle un Café Racer? Là, j'ai un véritable avis. Ça dépend du pilote.

Est-il sérieux de rouler d'un bar à un autre au guidon d'une Goldwing? (Enfin une question sans Café Racer!)

Peut-on rouler autrement qu'en Café Racer?

Toutes ces questions (et beaucoup d'autres) ne trouveront pas de réponse ici, et c'est tant mieux. Je dis simplement que tout est dans tout, et réciproquement. Et surtout, roulez comme vous êtes! Mais en Café Racer!

En vérité, j'ai quand même une idée de ce qu'est un véritable Café Racer.

Question subsidiaire: combien de fois trouve-t-on le mot Café Racer dans ce texte?