CARACTERE

La venue de la 1100 BREVA et de la GRISO a mis au jour une polémique parmi les Guzzistes sur le caractère avéré ou supposé de ces deux machines. Caractère mécanique, que recouvre cette expression?
Quand on évoque les machines de caractère, les premiers noms qui viennent à l'esprit sont Anglais et on pense immanquablement à NORTON et la Commando, à TRIUMPH et la Bonneville. Pourtant, à la lecture d'une fiche technique de ces modèles, on ne sera pas renversé par les chiffres de l'époque ce qui nous enseigne d'abord que puissance et caractère ne vont pas de pair. Le charme de ces bécanes est en fait lié aux cotes "longue course" et au calage moteur à 360°. L'un est garant de "coup de pied au cul" dès les plus bas régimes, synonyme de démarrages musclés et l'autre de vibrations viriles qui en font des motos d'homme. Ces deux ingrédients mixés, ont toutefois comme défaut majeur de grever les performances ultimes car elles proscrivent les hauts régimes synonyme de puissance hors de laquelle il n'est point de salut de nos jours, c'est bien connu… Il n'y a donc guère plus que Harley pour produire encore ce genre de moulin. L'adjonction de balanciers d'équilibrage et le montage sur silentblocs des moteurs ayant remisé sur les étagères de l'histoire les good vibes chères aux anciens de la marque. Il n'en reste pas moins et c'est l'expérience qui parle qu'un "Big Twin" dopé comme il faut distille un lot de sensations particulièrement affriolantes quand on enroule le câble! C'est du caractère ou je ne m'y connais pas… Revers de la médaille dès 140 km/h on a le sentiment d'être au commande d'un B 17 en piqué… Ebouriffant.
Bon et le caractère Guzzi dans tout ça? Les cotes du moteur des V 11, puisque c'est de cela qu'il s'agit, (92 X 80) sont largement "super carré" Mais si on compare avec un twin "moderne" la course importante favorise le couple avec tout de même une propension à bien prendre des tours. Du coup nos injectées qui tractent velument sur le couple en deçà de 5 000 tr/mn nous gratifient d'une poussée jouissive passé ce régime; alors oui, c'est du caractère. Mais il faut être objectif, ce caractère là se savoure particulièrement dans le sinueux quand on bondit d'une courbe à l'autre en profitant de l'alliance subtile du couple, de la puissance et du frein moteur. Un truc d'égoïste quoi (j'adore…)
Alors quid du caractère affadi de la BREVA? Un roulage d'une cinquantaine de bornes m'amène aux conclusions suivantes:
Le comportement moteur de ce 1100 n'a rien à voir avec un V 11 et c'est normal. Cette moto est pensée pour emmener son équipage avec armes et bagages dans la plus grande sérénité. Et ça marche. Confort des suspensions, prise en main rapide et évidente, facilité de conduite, moteur disponible à tous les instants. La recette opère et ce twin est au poil dans ce cadre. (Si je puis me permettre.) J'ajoute même que si la question de rouler en duo se posait pour moi, ce serait un choix plus que probable. Pour la GRISO c'est autre chose. A part les avis presse, rien. Elle est annoncée avec 4 CV de plus. Cela lui conférera-t-il la magie qu'on est en droit d'attendre d'une telle machine? Une gueule de monsieur univers et une voix de castrat, ça ferait désordre. (Bon j'exagère un brin) Mais attendons. Mais qu'on ne se leurre pas l'ère des machines de caractère (en série en tout cas) est révolu. Généralisation des injections et des normes "castatrices", lissage des gammes pour plaire au plus grand nombre, les dés sont jetés. Alors gardons nos V 11 pour le "fun" et prions pour que GRISO ET BREVA qui sont dans un bateau ne tombent pas à l'eau toutes les deux...
Pour finir je dédie ces quelques mots à Tristan qui nous a quitté au guidon de sa V 11, so long man, et je me réjouis quand même du septième titre de Valentino qui nous a gratifié d'une saison à couper le souffle. Cerise sur le gâteau, le titre est acquis le jour où deux DUCATI sont sur le podium, laissant HONDA dans une déconfiture réjouissante. La fin de saison s'annonce héroïque!