RENCONTRE DU TROISIEME TYPE
Vendredi, 9 heures. Pour une fois, j'arrive avant mon compère
Leflat avec qui nous avons monté cette expédition vers
Magny-Cours. Double but: assister au deuxième Bol d'Or Classic
et surtout, rencontrer enfin, après près de deux années
d'échanges épistolaires, Salvatore, l'homme des mails
décapants, des pages remplies de passion guzziste livrées
clé en main pour Twin Zone. Déjà un ami. A peine
Larosso béquillée, un genre de fourgonnette se gare derrière
moi.
"Eh! salut, t'as un problème????"
En voilà un qui doit connaître les Guzzis, pense-je.
"Non, non, pas encore
" Il faut noter que peu de gars
en bécane se seraient arrêtés, mais la majorité
ne connaît pas les Guzz'
Sur ce déboule Leflat, Bernard de son prénom et sa rutilante
teutonne. Lui, il n'est carrément pas content. Il vient de se
taper un slalom au milieu de belles flaques de gasoil, jusqu'à
rattraper le fautif qui le répand joyeusement, une fuite quoi!
A peine son histoire terminée, arrive un superbe C 35 orange.
"Putain, c'est lui!" Bon, il n'a peut-être pas dit péripatéticienne,
mais l'esprit y est. Grands signes, le type stoppe. Pensant lui délivrer
un scoop, nous sommes surpris de le voir ouvrir l'arrière de
l'engin. Là il exhibe un reste de conduit de remplissage de G.O.
et nous désigne un pneu, neuf certes, mais déchappé
comme il faut. En explosant il a détruit la goulotte, d'où
arrosage copieux. Il sait donc, mais: "Je dois livrer mes fruits
Je réparerai plus tard." C'est avec un soulagement certain
que nous le voyons prendre la direction de Nîmes, qui n'est pas
la nôtre
Zéro bornes et déjà une flopée de lignes.
Ca c'est du récit de voyage!
En route donc. Sun is shining and birds are singing. Pour éliminer
rapidement la basse vallée du Rhône, plutôt fréquentée
en cette saison ce sera autoroute jusqu'à Montélimar.
Cette portion rapidement expédiée permet au moins deux
constats: l'effet Sarko fonctionne toujours très bien et calées
à 150 compteur, la 1150 R et la V 11 ne sont que rarement dépassées.
Toutefois les moutons lancés à 130 ont pas mal de comportements
erratiques. Il faut vraiment rester sur ses gardes. Quant à la
sécurité routière française, elle ne perd
pas ses bonnes habitudes et c'est au pied de la descente de Montélimar
dans le sens nord-sud que se sont installés deux pandores à
motos, armés de leur célébrissimes jumelles. Mais,
non, ils ne sont pas là pour faire du fric!
Bref, après avoir acquitté notre dîme à l'ASF,
nous délaissons le couloir rhôdanien pour nous enfoncer
à travers le Velay et le Vivarais. Sitôt dépassée
la N7, nous foulons enfin des routes digne de ce nom. Je tempère
un peu mon propos, la saison estivale se révélant propice
aux travaux routiers, le secteur d'Aubenas est un poil fastidieux à
parcourir
Enfin c'est en s'élevant vers le col de la Chavade
que le ruban d'asphalte livre tous ses trésors. Le pur plaisir
du motard; lignes droites minimales, courbes accueillantes, tuniques
bleues inexistantes. Mais, mais, mais, (eh oui, il y a un mais, trois
en fait) au fur et à mesure que nous progressons vers le nord-ouest,
la couverture nuageuse s'amplifie et l'altitude aidant, il commence
à ne pas faire chaud du tout, malgré le cuir à
tous les étages. Je suis ravi de penser au sweat qui traîne
au fond de ma sacoche. Un qui l'est moins, c'est Bernard qui lui, a
fait l'impasse sur les vêtements chauds. Enfin, cela n'enlève
rien au plaisir que je ressens toujours dans ces pays de moyenne montagne.
Odeurs de prairies et de bois, parfum du foin coupé, troupeaux
qui parsèment les collines de leur paisible présence.
Il faut dire que nous suivons un rythme qui permet tout à la
fois d'avaler des bornes comme il faut, tout en ayant loisir de jeter
un il sur l'environnement En clair, on est pas à 90, plutôt
vers 75 (mph). Tout cela nous mène à Brioude pour casser
une graine, après un arrêt carburant, (plus cig' pour Bernard)
et en gros 300 km au compteur. La sous-préfecture de Haute-Loire
ne nous laisse pas un souvenir impérissable et c'est sous une
averse, très courte, mais de mauvais augure que nous reprenons
les twins. Parenthèse, il est vraiment désespérant
de voir à quel point l'uniformité gagne les villes de
France et de Navarre. Partout les mêmes et tristes zones commerciales,
les mêmes enseignes, les mêmes affichages publicitaires
Direction Clermont-Ferrand puis Riom où nous visiterons le musée
Baster. Pour faire simple, c'est l'A75 qui nous mène vers notre
étape de ce début d'après-midi. Cette autoroute
présente au moins deux aspects sympas (pour une autoroute s'entend):
d'une part elle est gratuite (excellent!) d'autre part elle sinue dans
des contrées franchement agréables. A tel point que la
dizaine de bornes après Issoire (salut Voxan!) est un festival
de virolos vraiment dignes du pays. Voilà, voilà, seulement,
limitation à 90
On déboule en toute quiétude
à 120-130, tranquilles. Trafic et automobilistes raisonnables,
on est bien! Mais que voilà un break 307 qui me paraît
suspect, noir, vitres arrières teintées, roulant sagement
à droite à une vitesse bien légale. Je m'approche
à pas de loup; oh mais c'est un appareil photo que je vois là
et c'est quoi cette usine à gaz??? FLASH!!! Merde, j'étais
encore trop vite. Bon allez, je double. Je jette un il en passant
au képi; de toute façon je n'ai pas mon nom et mon adresse
sur le casque. On reprend l' allure de croisière et basta! Le
plus rigolo, c'est que mon pote, calé pas bien loin, sera surpris
lorsque je lui narrerai la chose.
L'arrivée au musée Baster se fait facilement grâce
au plan copié sur mecanic.fr (saint cloud Chris). Elle coïncide
aussi avec une nouvelle drache, une bonne celle-là; le ciel est
noir de chez noir vers l'ouest. Nous pénétrons dans le
musée juste un peu humides et c'est avec une certaine satisfaction
que nous entendons la pluie tambouriner furieusement sur le toit du
bâtiment pendant un bon quart d'heure. Le musée, on le
connaissait par le biais d'un article de Café Racer. Je ne vous
conte pas l'affaire dans le détail, un seul conseil allez-y.
On peut éviter Riom pour monter à Magny-Cours, mais nous
ne regretterons pas le détour. L'ensemble de la collection couvre
une période allant du début du siècle (l'autre)
à la fin des 70's. L'éventail des marques et des modèles
est vraiment impressionnant, bien mis en valeur en général.
De plus, la déco est au diapason du matériel et une foule
de vitrines recèlent moult objets liés à notre
passion. A voir donc, sans hésitation. Nous retrouvons nos bécanes
qui se sont fait des copines sur le parking: une R 90 S et une 850 GT,
le hasard fait bien les choses. Les jeunettes abandonnent les mamies
et badaboum, la douche céleste reprend! Il reste 150 bornes,
à la louche, pour rallier Magny. Vite secs, aussitôt mouillés.
Par deux fois encore la pluie nous accompagne jusqu'au but. Nous laissons
le circuit de la Nièvre sur notre droite et continuons encore
quelques kilomètres afin de rejoindre le camping où nous
avons rendez-vous avec le "Team Normandie". Nous stoppons
devant la réception où se trouve Salvatore, que je reconnais
sans peine grâce à l'exemplaire de Libération qu'il
tient sous le bras; astuce bienvenue pour ne pas se louper. Les présentations
sont vite faites: Salvatore (V 11) donc, Fabienne, son épouse,
aussi mordue que lui (750 S), le fils cadet François (Skate),
Daniel et Claudine (CALIF 1100 EV à carbus), Raymond, (R 60/2
attelée) qui a choisi pour l'occasion un break 405 et le chien
Paddy. Manque à l'appel Alexandre, le fils aîné
(Honda CB 500) qui officie au sein de l'équipe MOTO BEL et qui
a rejoint directement le circuit.
Alors que les potes partent installer leur campement, nous remplissons
les formalités auprès de la gérante du camping.
Bernard qui remplit le chèque s'enquiert: "On est où
ici?" La dame répond "Chevenon" Je manque de tenter
"Et idées courtes", mais sa mine pour le moins austère
me fait m'abstenir. Nous voilà donc installant la tente. C'est
un tunnel, mais je n'en ai pas le souvenir (elle n'a pas servi depuis
un moment) et j'entreprends un montage "igloo", en croisant
les arceaux. Fatalement, ça ne fonctionne pas. Enfin, tout rentre
dans l'ordre, le montage est terminé, un peu de travers quand
même, les affaires jetées à l'intérieur,
les duvets dépliés. Dans ce laps de temps, le clan normand
a installé quatre tentes, dont une dévolue au rôle
de "salle à manger". Le break, c'est pas mal en vérité!
Coup d'il au portable. Tiens, un message de Philipp Checkler.
Philipp, c'est un habitué du site, l'auteur des pages "Art
of V 11". Je savais qu'il devait passer par chez moi en ce mois
de Juillet. Voilà, son message laissé vers midi, m'indique
qu'il est sur Nîmes
Ce n'est pas cette année que
je le rencontrerai. Dommage. Coup de fil quand même. Il est à
Aups, dans le Var, son étape du jour, nous échangeons
quelques mots. A l'année prochaine j'espère. C'est donc
une soirée des plus sympas, point d'orgue d'une belle journée
de bécane qui s'amorce. Invités sous la tente repas, ce
sera un de ces moments dont les motards ont le secret. Apéro,
bouffe simple mais chaleureuse, histoires de motos, histoires drôles,
les deux vont souvent de pair, moment d'amitié. Salvatore est
bien le compagnon joyeux que j'imaginais et ses amis sont au diapason.
Fabienne, humour, gentillesse et simplicité, Claudine qui gère
l'intendance avec une efficacité désarmante et qui balade
avec elle un matériel digne de l'inventaire de Prévert
(bon d'accord, il n'y a pas de raton laveur au menu et c'est tant mieux).
Daniel dont les propos souvent mesurés s'accompagnent de remarques
qui n'engendrent pas la tristesse, Raymond qui malgré un gros
accident de moto dont il conserve des séquelles importantes roule
toujours et dont les réparties valent leur pesant de cacahuètes.
Salvatore enfin qui ne se prend jamais au sérieux, le spécialiste
de jeu de mots à l'emporte pièces. Le repas se termine
sur une note vraiment de "pays", Daniel et Claudine sortent
la bouteille de Calva, du vrai, de ferme, que nous apprécierons
à sa juste valeur et avec modération . Bonne nuit, la
journée du samedi promet d'être longue.
HUILE DE RICIN ET VIEILLES SOUPAPES
Bonne nouvelle en ce samedi matin. Même si une légère
brume matinale enveloppe le camping, la proximité de l'étang
qui le borde, sans doute, c'est un ciel bleu, prometteur d'une belle
journée qui nous accueille au saut du sac de couchage. Le petit
dèj' expédié, nous gagnons le circuit distant d'environ
huit bornes. Notre petite troupe est saluée au passage par une
cane et ses petits, tranquillement installés au bord de la départementale.
Le circuit de Magny-Cours est un complexe dédié aux sports
mécaniques: piste de kart, circuit réservé aux
stages de pilotage en monoplace, entreprises liées aux sports
mécaniques. A la vue du site, je regrette d'autant plus que le
circuit Paul Ricard soit désormais fermé à toutes
compétitions. Enfin
Nous gagnons sans attendre le paddock et notre première visite
est bien entendu pour l'équipe Moto Bel, venue pour défendre
le titre acquis de haute lutte l'année dernière (voir
BOC 2004). On retrouve là l'ambiance des courses des 70's; une
mosaïque de tentes et de caravanes au milieu desquelles on circule
sans contraintes
Un tour dans cette première partie de
l'enceinte nous permet de découvrir une belle brochette de machines
bichonnées par des passionnés liés par le même
amour des belles mécaniques. Comme toujours dans ce genre de
réunion, ce qui frappe la plus c'est le degré de finition
de chacune de ces motos. Vraiment impressionnant! Le week-end ne fait
que commencer, nous aurons tout loisir d'arpenter les lieux plus tard.
L'appel de la piste se fait pressant. Le grondement des moteurs nous
indique que les premières séries qualificatives se préparent.
Nous traversons le "village" afin de gagner les tribunes du
"S" d'Imola. Ainsi placés, nous voyons les pilotes
sortir de l'épingle d'Adélaïde pour réapparaître
devant nous, et ensuite plonger vers le droite du Château d'eau.
Quelles que soient les séries on se régale du son des
machines, fabuleux. Du gromono au quatre pattes en passant par le trois
pattes Triumph, et les twins de tous poils, c'est réellement
envoûtant. Le niveau de pilotage est disparate; certains sont
là pour faire péter les chronos et n'économisent
ni leur énergie, ni leur machine; d'autres pour faire rouler
leur bijou (non, pas de famille) auquel ils consacrent des heures à
n'en plus finir avec ce but ultime, rouler en course. Le mieux, c'est
que tout ce petit monde cohabite sur le tarmac sans anicroches. Au fil
des différentes séries, on repère aisément
les cadors, connus ou inconnus. On peut aussi sans risque accorder le
titre de Stakhanoviste du week-end à Gilles Hampe, engagé
au Bol Classic au côté d'Alain Genoud (GG 998), en ICGP
et Pro Classic (Rotax 250). En voilà un qui va en profiter pleinement.
L'interruption de midi nous permet de nous sustenter, évidemment.
A ce propos, s'il est facile de se remplir la panse sur place, mieux
vaut éviter les grosses faims et surtout, les grosses soifs.
A quatre euros la Foster et deux euros le café, le risque d'alcotest
positif ou de surexcitation est résevé aux gros contribuables.
Enfin, c'est malgré tout le ventre rempli, mais pas rebondi,
que l'on attaque un tour du "village". Comme de juste, le
meilleur côtoie le pire
Côté commercial, rencontre
haut en couleur sur le stand QGDF avec "l'aigle de la route",
Stéphane Contal; le personnage ne déçoit pas en
regard de ce que l'on connaît de lui. Un peu fort en gueule, sympa,
le gars avec qui on est tout de suite à l'aise. Question emplettes,
entre des pièces de toutes origines, les éternels étals
de tee-shirts, quelques belles fringues vintages (raisonnable en prix
de plus!) on pouvait envisager de casser la tirelire. Mais franchement,
que faisait en ces lieux au parfum d'huile de ricin, une espèce
d'arrosoir à la con, sensé abreuver les pelouses ou amuser
les marmots??? Plus à notre goût, le tour des clubs nous
révèle un lot de machines plus ou moins récentes,
en tout cas majoritairement rares
Mention spéciale au Triton
Club de France avec une belle brochette de café racers british;
dommage que l'agencement des machines ne permette pas de bonnes prises
de vue
Dommage aussi que certaines bécanes soient presque
larguées là où elles tombent , dans un état
approximatif (doux euphémisme), sans une ligne d'explication
ou presque. Je pense entre autres à un 1100 Yam' dans une partie
cycle de "PIF" Claude Fior, inventeur de génie de la
chose motocycliste. Bon, ne boudons pas notre plaisir et souhaitons
qu'à l'avenir ce village s'étoffe, en qualité,
et que les marchands du temple se contentent de la foire à neuneu
Du coup, l'heure des qualifs pour le BOC approche. On prend donc position
dans la tribune des stands, bien placés pour ne rien perdre de
l'activité des teams, tout en bénéficiant d'une
belle vue sur le virage du lycée et la chicane d'entrée
sur la ligne droite de départ. Je ne m'étends pas sur
les essais eux-même, il en est largement (et objectivement) question
par ailleurs. On profite du vrai bonheur des courses d'anciennes. Le
son déjà, désormais si uniforme dans la majorité
des épreuves. Ca miaule, ça gronde, ça hurle, ça
chante ça te remplit les tripes! Les vocalises de la Triumph
Rob North ou de la Laverda des Hollandais, sont un vrai moment de pur
mélomanie. Le côté "on fait ce qui faut, mais
sans sombrer dans le sérieux" du Forza Bimota Team avec
leurs "umbrellas girls" qui attirent bien du monde autour
du stand. Le nom des équipes peut aussi être évocateur,
comme le "Eigthy Angry Horses" qui engage une Kawa Z1R raide
d'époque. Tout ceci, et le reste, font de ces moments de grandes
tranches de vie motocycliste. Si la course est la motivation de cette
réunion, les démonstrations sont le versant "populaire"
des rencontres d'anciennes. Que ce soit au guidon d'une rareté
ou d'une 125 Honda des années 70, chacun peut alors s'exprimer.
C'est facilement 60 ans d'histoire moto qui défile sous nos yeux
en cette fin d'après-midi. Qui défilent plus ou moins
d'ailleurs; certains mettent franchement du cur à l'ouvrage,
je pense aux sides particulier. En tout cas le mélange prend
bien et c'est un vrai plaisir de voir ces machines hors "de leur
boîte". Le parallèle est d'ailleurs saisissant avec
les machines du musée Baster, propres, nettes, mais silencieuses.
Pour beaucoup, ces quelques tours le samedi et le dimanche sont le point
d'orgue de longues heures de boulot et d'huile de coude, tel ce gars
qui s'est monté une vraie machine de course sur la base d'un
500 MORINI, juste pour le plaisir d'une machine originale, intarissable
dès qu'il parle de sa machine. Au delà du satisfaction
du roulage, on peut voir leurs yeux s'allumer aux mots d'encouragement
prodigués par les uns et les autres
La magie du paddock
ouvert à tous!
Un grand moment attendu par beaucoup, en prélude à ce
deuxième BOC, c'est la démonstration, en vedette, de la
250 Honda "six", presque celle de Mike the Bike, en tout cas
une des répliques exactes réalisées par JPX. Attablés
dans le village, nous entendons craquer la bête. Le hurlement,
strident, est proprement hallucinant! Bon, une seconde démo est
prévue avant la manche de demain, on se contentera du son pour
ce soir. Le miaulement monte crescendo avec les rapports qui s'enchaînent
(quelle santé!), puis s'estompe
Silence
Il ne reste
que le commentaire d'Eric Célis, speaker de l'épreuve,
qui commence à ramer copieusement, la Honda semble s'être
volatilisée sur le circuit. C'est en fait le moteur qui a déposé
le bilan et l'affaire tourne court
La suite de la soirée nous verra virer de l'euphorie avec le
début de course phénoménal de la Guzzi n° 1,
à la déception avec l'apparition de la pluie et la chute
de celle-ci. Vers minuit, sur une route encore luisante, nous regagnons
le camping très tranquillement, traversant de fantomatiques lambeaux
de brumes qui barrent notre route.
La nuit, ponctuée de quelques averses permet de récupérer
pour attaquer le second jour de course. Comme de juste, on commence
par un petit café salvateur (Adamo). Autour de la table les premières
vannes fusent déjà. Le ciel de ce dimanche semble disposé
à nous épargner, mais l'expérience de la veille
nous rend prudent sur les prévisions.
Ce matin, ce sont les démos qui ouvrent le bal. Nous décidons
donc de consacrer ce début de journée à un nouveau
tour de paddock. Ce n'est pas de sitôt que l'on pourra profiter
d'un tel rassemblement mécanique. Monos anglais rutilants, deux
temps japonais des anneés 60 et 70, Italiennes aux poumons d'acier,
il faudrait des heures pour tout détailler et s'imprégner
des moindres détails. Ca donne vraiment envie de franchir le
pas
Mais l'heure de l'action a sonné. A force de contemplation
nous avons déjà raté la finale des Pro Classic
et quoi de mieux que la vue de toutes ces bécanes en action?
Direction les tribunes! Et le spectacle vaut plus que le détour;
tout y est, le son, la gueule des machines et l'attaque! Les pilotes
pour rouler en anciennes, n'oublient pas qu'il s'agit de courses. Ca
ne fait pas semblant de tordre la poignée. A ce petit jeu, certains
sortent du lot, et aux habitués des circuits de chez nous, l'attaque
des Anglais Lea Gourlay et Luke Notton nous a impressionné, sans
compter l'inoxydable Phil Read qui tant en ICGP qu'en IHRO fait mieux
que de la figuration. A propos d'IHRO, vivre le départ de cette
course restera un des grands moments du week-end. La horde des monos
donnant de la voix simultanément au baissé du drapeau
est un moment inoubliable!
En ce dimanche, le circuit est plutôt garni, mais je m'attendais
à une foule plus dense. En tout cas je le dis bien haut, les
absents (comme d'hab') ont tort. Tant mieux pour ceux qui se déplacent,
cela permet de profiter sans se marcher les uns sur les autres. Pas
de Honda six donc et on passe à la deuxième manche du
BOC. Fabienne qui brandit bien haut le drapeau rouge blanc vert à
la gloire de Moto Bel, Christophe Charles -Artigues qui a ressorti une
vieille combine, ce sera suffisant pour que La Guzzi n°1 remporte
cette course. Histoire de faire bonne mesure, une bonne averse s'abat
sur Magny-Cours, provoquant une fois encore le reflux du public vers
l'arrière des tribunes. En regagnant le paddock, on sent comme
toujours cette atmosphère si particulière de fin de course.
Mêlée de joie et d'un brin de tristesse déjà;
le camping du circuit s'est bien vidé et bon nombre de stands
ont baissé le rideau. Détour par le box Moto Bel' histoire
de féliciter pilotes et équipe et on en profite pour donner
un coup de main pour ramener le matériel au camion.
La soirée aussi déconnante que les précédentes
ne sera pas prolongée outre mesure. Salvatore et Alexandre, qui
nous a rejoint pour cet ultime repas en commun, doivent reprendre la
route aux aurores. Salut Salvatore, à se revoir sous le signe
de l'aigle.
LES PASSAGERS DE LA PLUIE
La pluie en cette dernière nuit se manifeste jusque dans la
tente, conséquence du montage approximatif du vendredi; le matin
j'ai la surprise de découvrir Bernard la tête sous une
serviette qui a fait office de parapluie. Le ciel est désespérément
bas et gris. Le matériel est rapidement plié et rangé,
le départ est imminent. C'est le moment des au revoir aux amis
et des grandes décisions. La pluie reprend de plus belle; mets-je
la combi de pluie??? D'un naturel optimiste, je présage que d'ici
une heure, sous des latitudes plus clémentes, le soleil viendra
nous sécher; de plus, l'ami Bernard dans un souci de légèreté
a carrément laissé la sienne chez lui. Optimisme + solidarité
= je reste en cuir. C'est parti.
Il pleut
La pluie en soi, c'est pas le meilleur de la bécane.
Ajoutée à la circulation outrancière des poids-lourds
sur la RN 7, qui vaporisent la flotte à tout va, et au revêtement
pas de toute première jeunesse, c'est carrément galère.
Parenthèse, nos chers ministres nous rebattent les oreilles à
longueur de discours sur le grand Satan Vitesse; savent-ils ce qu'est
un enrobé drainant??? Un truc trop cher sans doute, mais qui
évite à l'eau de stagner en surface, diminuant nettement
les risques d'aquaplaning et les projections liquides. Ca porte un nom,
sécurité passive. Oui, mais contribuable idiot, ça
rapporte que dalle, contrairement à notre cher dispositif de
répression touzazimut. Parenthèse fermée. Moulins.
Il pleut. Vichy, de l'eau. St Yorre, toujours de l'eau, il ne manque
que les bulles; hélas, cette cure n'est pas remboursée
par la sécu. Thiers, il tombe des couteaux. Initialement, nous
avions prévu de "tirer droit" vers le sud, histoire
de nous délecter des paysages et routes à venir. La mine
des monts du Forez qui se profilent n'est guère réjouissante.
D'un commun accord, nous enquillons l'A 72. Objectif, rejoindre rapidement
St Etienne, puis par le col de la République retrouver la vallée
du Rhône et le soleil. (enfin, nous l'espérons) Cette autoroute
plaisante par ces allures de toboggan en temps normal, l'est nettement
moins aujourd'hui. Visibilité réduite, circulation assez
dense, on peut aspirer à mieux. Le summum sera un beau départ
en sucette de la V 11 quand j'aurai la mauvaise idée de faire
l'extérieur à un semi-remorque en posant les roues sur
les fameuses bandes blanches. Les bandes qui glissent, je les connais
depuis mes débuts en deux roues et ma foi, en ce début
de 21ème siècle, elles se portent toujours bien. En vue
du péage de St Etienne, la pluie s'estompe. L'arrêt après
celui-ci révèle que les sacoches de réservoir ne
sont pas inondées et qu'il nous reste quelques poils de secs
sous les cuirs.
La ville est rapidement contournée et malgré une petite
erreur de navigation dont j'ai le secret, nous attaquons le col. Ce
qui aurait pu se révéler comme un moment sympa, le sera
assez (très) moyennement. Chaussée bien trempée,
de nouvelles gouttes, autant de facteurs qui incitent au calme du poignet
droit. Dommage. Cette route semble être aux motards locaux ce
que la RN 8 vers Le Beausset est aux Toulonnais, vu les nombreux panneaux
d'avertissements qui nous sont spécifiquement dédiés.
La descente me laissera une impression tout aussi mitigée. Ca
commence par une trajectoire hasardeuse dans un gauche alors que mon
esprit vagabonde sur la piste de Magny-Cours et ça continue avec
un rapport qui saute dans un autre, avec toujours cette étrange
sensation de se retrouver à cheval sur une luge en plomb
Chaud! Le réconfort vient, passé Bourg Argental.. Les
nuages se déchirent et laissent place aux premiers rayons de
soleil et l'arrêt carburant chez Total est agrémenté
d'un café offert par le taulier. Maintenant, on n'y viendra plus
par hasard! Arrêt casse dalle, demi, café pour regonfler
les âmes et les corps et on traverse le Rhône à St
Vallier.
La fin du parcours sera sans histoire. Entrée sur l'A7 , descente
vers et sous le soleil. Le secteur de Montélimar est chargé,
comme de juste en cette saison et c'est au péage de Remoulins
que l'on retrouve le pays. Les premières cigales depuis quatre
jours. Voilà, c'est fini. Les hommes se sont régalés,
les bécanes ont tourné comme des horloges. On est gai
comme des motards qui savent qu'ils auront des courbes et du soleil....
Quoi de mieux???
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