"On a beau en acheter, du dentifrice, y a toujours un matin où y en a plus"


 

DU LUBERON AU MONT VENTOUX

Ces coins de Provence présentent le triple attrait de paysages magnifiques, de villages superbes et de routes qui font la joie de tout motard normalement constitué. A la mosaïque de vignes et de cultures du nord Luberon succède l'austère plateau de Vaucluse égayé au pied du mont Ventoux par le mauve des champs de lavande. Ce mont Ventoux, "géant de Provence" qui domine la région de ses 1909 m, curieuse montagne pelée sur les pentes duquel règnent tour à tour froid sibérien et chaleur insupportable. Une région qui vaut d'être explorée en détail.

Retour sur une balade de fin d'hiver, une de ces journées miraculeuses, où après des jours de Mistral la douceur s'installe et offre des sensations sensationnelles.


ROAD BOOK

Cadenet. D 943 Lourmarin. Apt. St Saturnin d'Apt. Sault. D 942 Monnieux. Villes s/ Auzon. D 19 Flassans. D 18 X D 974 Ste Colombe. Le chalet Reynard. D 974 Bedoin. D 974 X D 163 Mazan. D 1 X D 4 Vénasque. D 4 Murs. D 16 Gordes. D 2 X D 102 Roussillon. D 149 X N 100 Coustellet. D 2 Cavaillon.

Réf: Michelin 528 Régional - Michelin 340 Local.


C'est Cadenet adossé au versant sud du Luberon qui est le point de départ de cette virée. Immédiatement, première rampe pour se hisser vers Lourmarin agrémentée de quelques virolos sympatoches. Lourmarin qui veille au sommeil de Camus, Lourmarin et son château depuis lequel la campagne environnante vous a un air de Toscane... (Non, la Toscane n'est pas un opéra de Verdi!) De là, je rentre de plain-pied dans la route telle qu'on la rêve tous. Un asphalte accueillant (pas au point de s'y vautrer quand même), des montées, des descentes, des paysages enchanteurs, malgré la dominante marron des feuilles des chênes pubescents, et surtout pas le moindre sarkocop à l'horizon. C'est pas compliqué, pas l'ombre d'un képi en ces lieux qui relèvent de l'Eden motocycliste. La montée vers le col du Pointu est un régal et la dégringolade sur Apt un délice. Apt, arrêt buffet. Comme j'ai le chic, je pose Larosso devant un bar / brasserie dans lequel nous avions tenté un sandwich avec Monique lors d'une virée précédente et néanmoins dominicale. La chose s'était révélée assez délicate. Extraits du dialogue:
..."Euh, on a des sandwiches? (ndla: moi je sais écrire sandwich au pluriel!)
-Attends, j'en ai douze à faire et y a plus beaucoup de pain." (Il faut dire que ce jour là, malgré la température frisquette, le fond du troquet était garni d'une bande de loustics en Japonaises qui auraient affolé me premier sonomètre venu.)
Douze sandwiches plus tard et une sortie d'un arpète pour aller quérir quelques baguettes dans un boulangerie du coin, notre pitance arrive. Comme la Ford "T", tu manges ce que tu veux à condition de choisir jambon cru, beurre, cornichons.
Fin de la parenthèse, quoique, pas vraiment. Ici, week-end, jour de semaine, même combat. C'est jambon cru.... Le gag, c'est que pendant que j'avalais mon cassedalle (excellent au demeurant) plusieurs types visiblement pas du coin, entrent dans l'estaminet sur la foi de l'enseigne, mais: "Non, désolé, on ne fait pas à manger..."
Ce moment de sustentation me fait verser dans la philosophie moto comme jamais. Ces routes, ces paysages, comment faire la part du contemplatif et du sportif? Que privilégier? Le (petit) reste de Saarinen qui sommeille au fond de moi? Le Stanley à la recherche de Livingstone? Au vu de la suite du programme, la question prend tout son sens. L'instinct choisira. Je suis tiré de ma minute zen par un zigotto qui tourne autour de la V 11. Il se penche, se tord le cou, hume, s'interroge... La scène dure un moment et avec la vivacité d'esprit qui me caractérise, je tire le numérique du sac pour immortaliser l'instant. J'ai le cliché, mais le type, lui est déjà loin. C'est le genre de situation typique Guzz'. Il y a ceux qui se demandent ce que c'est, ceux qui connaissent mais qui ont une lacune sur le modèle... Le classique c'est "Ah, on en fabrique encore des Guzzi?"; ça tout le monde connaît. La palme de la déclaration sympa revient à un pompiste. "Putain des Guzzi, j'en vois autant que des Lamborghini!" (et encore, y a pas l'accent!) Bon, on cause, on cause,il est temps d'y aller. Sortie vers St Saturnin non sans une pensée, comme souvent, pour mon pote Mario, trop tôt parti rejoindre les grands esprits, lorsque je passe devant ce qui fut son échoppe.
Après, c'est la traversée du plateau de Vaucluse, direction Sault et le pied du géant de Provence. Trente bornes qui tournent, virent, serpentent. Trente bornes avec pour seule rencontre un bahut qui monte livrer sur Sault. Au milieu de ce pays de chênes et d'arbousiers, le château de Javon, planté là, magnifique, gardien silencieux du plateau. Genre de lieu où le temps se fige. Pas de signes du XXI ème siècle. Murmure d'eau... Enfin, ça c'est après avoir coupé le contact du twin histoire de tirer quelques clichés. Cinq bornes avant Sault, traversée d'un hameau agrémenté d'un petit étang que je découvre, ébahi, complètement gelé. Hum??? Je ne rentre même pas dans Sault, direction Monnieux et l'entrée des gorges de la Nesque. Pour n'avoir point l'aura ni le prestige de celles du Verdon, les gorges de la Nesque, ça vaut le détour comme dirait Bibendum. Aplombs vertigineux, route entre paroi rocheuse et vide, bel asphalte (je peux pas m'en empêcher car j'ose le dire, la majorité de cette balade a pour théâtre le réseau secondaire, parfois même très secondaire, mais la qualité globale du revêtement et son entretien sont à signaler; pourvou qué ça doure...) Ca commence par une belle montée, abordée sereinement; et puis, va savoir, ça se poursuit avec force vociférations des Ninja et gros mordant des Brembos. Petite précision topographique dont on va saisir toute l'importance: ceci se déroule vers les 7-800 m d'altitude. A cette montée succède une légère descente avec le franchissement de tunnels taillé dans le roc. Entrée prudente(et judicieuse) dans le premier. Le sol est trempé (je m'y attendais, d'où prudence...) et... parsemé de plaques de glace entre lesquelles je slalome assez inquiet (est-ce vraiment de l'eau?). Sortie sans encombre et au détour du virage suivant, un beau bloc de pierre gît sur la chaussée. Pas un truc de cinq tonnes, mais le genre qui te ferait faire un écart somme toute pas évident car la route est étroite et qu'il vaut mieux éviter de toute façon. Le choix entre contemplation et excitation et vite fait, ce sera concentration. En effet pendant encore quelques bornes je vais rencontrer de petits éboulis sur mon chemin. Le second tunnel est encore plus fun. Deux gros paquets de glace encombrent le sol et le troisième est encore en place. De superbes stalactites... Je m'arrête à la sortie pour y jeter un oeil tranquillement. Ensuite, la descente se poursuit. La route est claire, l'esprit aussi, je me laisse encore un peu aller à tordre les gaz. (Un de mes potes qui a parcouru cette même route le dimanche suivant m'a signalé des éboulis plus nombreux encore et un de ses compagnons de route a vu une caisse recevoir une pluie de cailloux. Prudence donc en cette période de l'année.) Pour rester dans la parenthèse, bien qu'elle soit fermée, les gorges ne sont pas forcément très fréquentées. Mieux vaut éviter de se mette au tas de manière sérieuse; il n'est pas évident qu'il y ait du monde pour vous prêter main forte. Enfin, c'est quand même un moment intense que de profiter du grondement du twin bien servi par la caisse de résonance naturelle qu'offre l'endroit!
Arrivée à Villes s/ Auzon, terme des gorges. Je n'ai croisé sur cette portion que quelques cyclistes. Le cycliste présente deux caractéristiques que je connais bien (j'ai donné moi même dans la pédale; on ne rit pas bêtement au fond, c'est fait exprès!) Un, ils affectionnent le même type de route que le motard, deux, le cycliste est un automobiliste entre parenthèses, qui, s'il est en groupe, prend un malin plaisir à squatter la largeur de la route comme aux plus belles heures du Tour. Bref, le motard qui roule fort sur une route à motard (donc à cycliste) devrait garder cela dans un quoi de son occiput!
Et maintenant? Un coup d'oil à droite; il est bien tentant à portée de fusil, le sommet du Ventoux. Bon, vu d'ici, ce n'est pas le grand enneigement, mais je doute que l'accès au sommet soit libre. Allez, go! Le Ventoux, je l'ai pratiqué en d'autres temps sur deux roues, mais avec les gambettes comme moteur. A chaque incursion en bécane, je suis sidéré de tirer des pointes à 130 (et encore en cas de gros énervement on peut en remettre une bonne couche) quand j'ai souvenir de la galère que ce peut être sur un vélo. En tout cas, la route est sèche, trafic quasi nul. Au Chalet Reynard la station de ski est fermée. L'accès au sommet est annoncé fermé, mais je poursuis sur encore une ou deux bornes histoire d'immortaliser l'instant au calme et profiter du silence des lieux. Descente, plutôt pépère, traversée de Bédoin (hélas,sa fille n'est pas là pour m'accueillir ;-))) et direction Vénasque, village sympathiquement perché (j'adore les villages perchés).
J'enquille alors la route du col de Murs. Route et grimpette plaisante, mais le côté encaissé et virages majoritairement aveugles appelle à éviter les excentricités débridées. Enchaînement de virages jusque Gordes, un des plus beaux villages de France, un peu moins beau en ce moment, avec cette p..... de grue en plein milieu du paysage. Détour vers Roussillon et ses falaises d'ocres. Les ocres, un enchantement pour la rétine, un cauchemar pour les vêtements blancs quand on s'y promène. Arrêt super pour Larosso. L'unique pompiste du village se livre à une activité des plus réjouissantes à mon sens, l'entretien de voitures anciennes de rallyes, dans le genre Berlinette Alpine ou Porsche 911 (la vraie!). C'est le genre de gars à qui on ne se contente pas de régler le carburant, mais avec qui on peut tailler une petite bavette sur le sujet.
Retour dans la vallée du Calavon sur la RN 100 et à une densité de circulation "normale", une route "normale", bref un peu d'ennui dans une superbe journée, jusqu'à Cavaillon, terme de ce circuit.

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