"C'est comme ça que je reconnais les étrangers, ils mettent trop d'eau dans le Ricard"


DEUX ITALIENNES EN LOZERE

Comme souvent, c'est au dernier moment que ça se décide. Coup de tube à Michel.
"Elle marche ta Ducat'? Demain raid en Lozère.
-Ok, mais faudra peut être la pousser. Je mets la batterie en charge."
"Salut Bernard, Lozère demain, ça te branche toi et ton tréteau boche?
-Ca va faire un peu long je suis encore un peu fracas du dos.
-Bon, tu vas rater une grande journée, on pensera à toi."
Pour précision, mon malheureux pote Leflat a subit les désagréments d'un accostage musclé du bac de Barcarin, trait d'union des rives du Rhône, voici un bon mois. Il en est résulté un soleil pour lui et sa meule, qui s'est mieux remise de l'affaire que son pilote. Ah c'est pas beau de vieillir!
Samedi matin, direction chez Michel. Bien qu'ayant abandonné les chaînes (et les fouets) depuis belle lurette, mais conservé le cuir, c'est moi qui fournis le lubrifiant pour cette sortie en duo. Désolé amis voyeurs, il s'agit juste de spray pour la transmission de la ST2. La bolognaise donne de la voix, la poussette sera superflue.

Comme pour les grandes expéditions himalayennes, ça commence par une phase d'approche qui va nous conduire au-delà de Nîmes par ces axes qui recèlent trop de keufs à notre goût, particulièrement celui de Michel qui a vu son capital point se réduire depuis quelques temps. Ce qu'il y a de bien aux vitesses (presque) légales, c'est qu'on entreprendrait volontiers un petit roupillon tant onze fait chier bien que n'étant que deux. Bref, sitôt passé la cité du crocodile, nous délaissons la grand route pour rallier Anduze par le chemin des écoliers.

Le parcours

Nîmes N 106 X D 907 - Lédignan - Anduze - St Jean du Gard - Saumane D 907 X D 39 - St Roman de Tousque D 9/D 983/D 907- Florac N 106 X D 998 - Le Pont de Montvert D 20 - Mont Lozère - Le Bleymard - D 901 - Villefort D 901 - Les Vans D 901 X D 104- St Ambroix D 37 - Lussan D 979 - Uzès D 979 - Nîmes.

réf: Michelin


C'est après Fons Outre Gardon, je ne l'invente pas, que la partie proprement touristique commence. Attention, il s'agit là de la notion de Tourisme Rapide, chère à mon pote qui la définit ainsi:
"Dans le tourisme rapide, tu n'as pas le temps de te lasser du paysage."
Bon on sera quand même assez calme pour cette journée, mais je regrette qu'il n'y ait pas eu un photographe derrière cette bosse où j'ai eu la surprise de m'envoler derrière la Ducat'. Je me suis vu une fraction de seconde passant Ballaugh Bridge dans la roue d'Hailwood. Certaines émotions ont des origines bien moins exaltantes et le premier droite en quittant la piste de la pompe à sans plomb d'Anduze provoque une glissade de l'arrière de la Guzzi, de l'avant pour la Ducati. Encore un crétin qui a rempli à ras la gueule sa citerne à mazout. Enfin… Nous voilà au pied du massif cévenol. Sous le casque me vient un petit sourire en pensant aux courbes voluptueuses du col saint Pierre à la sortie de Saint Jean du Gard, rampe de lancement pour la corniche des Cévennes. Son tracé, son goudron, ses immenses sapins, que du bonheur. Macache, que dalle! Ce week-end c'est championnat de France de la montagne (auto). Route barrée. Bon, ce sera la vallée borgne (pays où les aveugles sont rois), un joli lot de consolation ma foi, puis à Saumane grimpette vers Saint Roman de Tousque et cette fameuse corniche. Ouh là. C'est typiquement le genre de route qui te fait regretter de n'avoir pas un trail. Etroite, virages masqués à flanc de montagne, gravillons comme il faut. Quelques glissades me font terminer l'ascension à un rythme de sénateur. C'est ça de pris pour jouir pleinement de l'environnement vraiment superbe et d'une météo divine. Jusque Florac, la D 9 est une route superbe. Enchaînements de courbes très saines, revêtement top, paysage extra, circulation quasi inexistante, que demande le peuple? Tiens, un arrêt pèlerinage à Le Pompidou. Si, si. Cliché clin d'œil, pendant d'une vieille photo de 1973, sur lequel je suis immortalisé au même endroit avec ma mob orange, souvenir de mon premier grand raid motorisé. J'en profite pour aller me poster un peu plus haut en repartant et je shoote, pacifiquement, Michel en sortie d'épingle. L'environnement a vraiment souffert des incendies de l'été dernier. Les JT évoquaient les flammes dans la vallée française, mais c'est bien pire que cela et de part et d'autre du village, les deux versants ont brûlé, laissant un paysage désolé que nous connaissons trop bien hélas.
L'environnement annonce déjà les causses. Végétation rase qui commence à prendre des teintes printanières, rares arbres encore nus, blocs de pierres posés ça et là. A l'horizon se découpe la silhouette du mont Lozère, la ligne de crête ourlée du blanc des dernières neiges. La descente sur Florac n'est qu'une formalité et les twins comme mus par la nostalgie de leur origine s'immobilisent au centre de la ville sur une place bordée de restos devant un établissement au nom prédestiné, La Strada.
Une bonne pression pour la soif et le moral et magie de la technologie moderne coup de portable à ce pauvre Leflat, histoire de se gausser de son absence, avec toutes sortes de quolibets et lazzis typiquements motards. Sans verser dans la gastronomie, ce n'est pas le propos du jour, le repas est plutôt sympa, le personnel itou ce qui nous laisse paresser pas loin de deux heures au soleil cévenol. Il est temps de remettre le pied à l'étrier. Direction le mont Lozère donc, via le Pont de Montvert.
La reprise est un peu dure. Route qui tournicote franchement, on est en deux et trois en permanence ou peu s'en faut, plaques gravilloneuses et sableuses, bref un cocktail pas vraiment réjouissant, heureusement compensé par la beauté du site et notamment le cours du Tarn qui dévale en contrebas. Traversée du village, coup d'œil au fameux pont et débute la montée du col de Finiels qui nous conduit sur le toit de la région. La route, étroite, au revêtement incertain, incite à la prudence. A mi-pente, rencontre d'un troupeau de vaches, des Aubrac à ce qu'il me semble, qui ont rejoint les pâtures par la route comme en témoigne quelques belles bouses qui parsèment la route par endroits. (Michel, me confie, un arrêt plus tard, qu'il s'attendait à ce que je tente de le repeindre par un passage appuyé dans une de ces belles galettes… Enfin, lui aurait essayé!) Une chose est sûre, j'ai encore raison de m'accrocher à ce bon vieux dicton de chez nous: "En avril, ne te découvre pas d'un fil." J'ai conservé la doublure du blouson et j'en suis fort aise, compte tenu de la petite fraîcheur qui règne en ces lieux. Les plaques de neige devinées le matin sont devenues réalité. Même s'il est bref, j'apprécie à sa juste valeur ce moment de répit et de calme. Alors que nous basculons dans la descente, signe du ciel, un aigle, oui, c'est bien un aigle, survole les premiers lacets qui mènent vers le Bleymard. Moi qui ne manque jamais une occasion d'observer les rapaces, je suis servi! Je stoppe quelques instants pour l'admirer et Michel file déjà vers la vallée. C'est l'occasion de confirmer que rouler derrière lui c'est bien, mais pas trop loin. Il a ce que je qualifie de "sens de la route" qui fait qu'en restant dans sa roue et en calquant ses trajectoires j'arrive en confiance à hausser mon niveau de pilotage. (Même si sa modestie doit en souffrir, il faut savoir qu'en 2002, il a participé à une manche du championnat de France des rallyes routiers au guidon de son Africa 650, pas moins de 80 000 km au compteur, avec comme préparation une vidange, pour terminer troisième en catégorie "Top Sport") Du coup, je rame un peu pour revenir dans sa roue, heureusement son rythme était plutôt cool. Retrouver la vallée et une route plus prévisible, plus large et mieux revêtue fait du bien. En effet, même si la V 11 est la meilleure bécane du monde, (on va pas se gêner!) j'avoue que ces cinquante km depuis Florac ont été un peu durs. Les bosses, le gravier, la succession de virages serrés, les freinages qui s'enchaînent ce n'est pas de tout repos. On comprend pourquoi la majorité des motards du cru roule en trail.
C'est en arrivant vers Villefort que nous assouvissons nos instincts les plus bas à l'encontre d'une troupe pour le moins hétéroclite de Béhêmes et de Harleys. Il est assez inhabituel de rencontrer ensemble ces deux tribus qui pour l'occasion cohabitent, le dénominateur commun pouvant être le prix du kg de moto. En fait, il s'avère qu'une 535 Virago accompagne cette alliance germano-américaine, peut-être le concierge ou le majordome. Bref, le temps de délivrer ces observations et les pachydermes ont disparu des rétros. Arrêt café (pas bon) à Villefort. Michel a les bras et les poignets ruinés par les vibrations et la position de la ST. Sport tourisme… Le sport tourisme chez Ducati, c'est comme le pâté d'alouette de nos grands-parents: une alouette de tourisme, un cheval de sport. Malgré le café pas bon, la pause est salvatrice et c'est requinqués que nous gagnons Les Vans par le col du Mas de l'Air. Le tracé, délicieusement sinueux et étroit commence par un revêtement assez moyen puis soudain, un panneau nous annonce à la fois l'entrée dans le Gard et les efforts consentis par le conseil général pour le réseau routier. Telle cendrillon rencontrant la fée, la route se pare d'un revêtement royal et gagne la largeur d'une autoroute. (enfin presque) Je n'ose envisager les étranges phénomènes qui surviennent sur le coup de minuit… Passés Les Vans, nous quittons le pays cévenol, piquons sur Uzès avant de regagner nos pénates où nous attendent nos Pénélopes et une bonne cannette bien méritée!

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