"L'intelligence du cul c'est d'être derrière. "


Rencontre avec une légende…


La vie est faite de rencontre… Ma vie à moi est faite de rencontres, quelques fois « extraordinaire.» Au Ducateam, j’ai rencontré Etienne Godart, et tous ceux qu’il a embringués avec lui, sur les courses ou en Périgord. Des gens comme Michel Bidault, M’Duc, Jean-Luc Reichman, Zep, Bertrand Sébileau ou Fred Tran Duc… Un genre de référence pour qui aime à lire ce qui se rapporte à la moto…

Et puis j’ai rencontré Pascal V Twin, Lolo et toute la bande des TZED 2007 ! Que des gens bien ! Mais là, j’ai fait une rencontre particulière, une de celle qui compte ! Le personnage spécial… Celui qui te fait dire Whaou ! J’ai croisé ce mec là !

Déjà Fred Tran Duc… Quand tu as passé une heure ou deux avec lui, (faut être solide et tenir le coup, surtout au comptoir ! …) si tu piges un peu sa philosophie de routard sur deux roues tu en sors comment dire : « Catasguïté ! » Ce mec a des yeux qui brillent d’une étincelle… Incandescente… Je ne trouve pas d’autre mot !

A donc, tout est parti de mon modeste talent de peintre… Après avoir vu et revu le film de Pierre William Glenn « Le Cheval De Fer » un pilote m’avait marqué, même touché… René Guili est presque le même qu’en 1974. Quand il a reçu la toile que j’ai peinte pour lui, selon ses proches, il était heureux et très ému… J’ai reconnu sa voix immédiatement au téléphone. Il était curieux de savoir comment je m’étais intéressé à ce point à un « vieux bonhomme » comme lui… « Naturellement», il nous invita à venir passer quelques jours sur ses terres, prés de Thonon-les-Bains. René coule des jours paisibles, entouré de sa famille et de ses nombreux potes motards sur les rives du Léman.

Phil et René Guili Café Racer sans édulcorant. Guili & Pelletier Family.
Les années passent, la passion reste intacte. Si un top case vous dépose du côté de Thonon les bains, ne vous étonnez pas!

 A 59 ans, il conduit toujours son taxi. Ce travail lui laisse parfois le temps d’une bonne balade dans la montagne sur sa R 1200 GS accompagné de son ami Raymond (un roule toujours qui fait 40 000 km par an en FJR…) Nous aurons le bonheur de faire une belle virée avec eux deux… René juste dans ma roue ! Pas la peine de chercher dans les rétros, il est à la place de mon ombre !!! Raymond est ancien coureur cycliste de bon niveau, ce qui a pour avantage qu’il connaisse toutes les routes du coin. Un grand souvenir pour nous, un vrai régal de route pour nos motos.

Nous avons trouvé un Camping à la ferme à 800 m de la maison de René, le soir de notre arrivée. Il vient nous chercher pour nous emmener dans la montagne manger un bout.
Le taxi est comble puisque sa belle-mère et Annick son épouse, première supportrice,  nous accompagnent. Le restaurant se trouve au sommet du col du Feu, et René nous prouve qu’il n’a rien perdu de son sens de la trajectoire… Annick rouspéte un peu, « Bâ quoi on est avec des motards j’peux y aller ! V’ont pas s’plaindre ! Tudieu !! » En redescendant, René nous donnera un cours sur l’art du rétrogradage en montagne : « Tu comprends, je fais 100 000 km avec un jeu de plaquettes ! »

Pendant ce premier repas pris ensemble, René m’a raconté sa vie, parlé de ses courses et de ses « compagnons d’armes » trop tôt disparus « Tu t’rends compte, j’ai serré Barry Sheene dans mes bras, on s’est embrassé comme du bon pain à Moto Légende et il est mort trois mois plus tard… »

Hubert Rigal et René Guili. René et Ago Grosse attaque d'époque

Je ne ferai pas un récapitulatif de la carrière de René ici. (de nombreux sites font ça très bien) Son palmarès est éloquent, avec un titre de champion de France inter 750 en 1974, un titre de champion d’Europe d’endurance en 1976 et deux titres de champion de France national en 68 et 70. Beaucoup de victoires et de titres en courses de côtes, et surtout un nombre incalculable de courses dans presque toutes les disciplines motos et auto. (René sera finaliste du volant SHELL)

Il avait la réputation d’être très accrocheur, d’avoir une volonté de fer, de ne jamais tenir en place (il n’a pas beaucoup changé…) En course de côte, il disait à qui voulait l’entendre : « Ce n’est pas toi qui dois avoir peur des gravillons, mais eux doivent avoir peur de toi ! » C’était une époque où il y avait moins de circulation, René n’ayant pas vraiment de circuits dans sa région, il s’entraînait sur la route, même l’hiver, même sur la neige ! « Jusqu’à 130 kmh ça tiens m’enfin faut pas toucher les freins !!… » Evidement René est beaucoup tombé, (surtout en course) il totalise quelques chose comme 77 fractures mais ce sont ses chutes les plus graves qui ont fait de lui une légende. Son casque orné d’un trèfle à quatre feuilles doré ( que sa mère très
superstitieuse lui a demandé de mettre sur son casque) lui aura porté chance plus d’une fois...

Aujourd’hui avec un sourire espiègle et dansant d’une jambe sur l’autre, René plaisante sur son prénom, Re-né. En effet, on peut dire que René a été déclaré mort deux fois et qu’il est Re-né deux fois… En 1975 sur le circuit des Essarts à Rouen, il est en tête devant Michel Rougerie, et il chute très violemment dans la portion la plus rapide du circuit, il est victime d’un « volet costal », c’est à dire que toutes ses côtes sont brisées. Sous le choc son cœur s’arrête de battre. Les secouristes ne tentent pas de massage cardiaque, et le recouvre d’une bâche le laissant pour mort. René ne doit la vie qu’à l’insistance de l’un des organisateurs de la course, celui qui lui avait remis la coupe du vainqueur un an avant. Ne pouvant accepter la situation, René ayant le même visage et le même sourire, il pratiqua un massage cardiaque à sa façon qui permit au cœur de notre solide Savoyard de repartir…

Grand amateur de défis, alors qu’il venait d’être sacré champion d’Europe d’endurance avec la 750 RCB Honda en compagnie d’Hubert Rigal, René accepte l’offre de Yamaha pour participer au Rallye Côte-Côte Abidjan-Nice, (l’ancêtre du Paris Dakar) au guidon d’une 400 DTMX semi-usine. Encore une fois, René est en tête de la course quand une une dune coupée par le vent,
non signalée sur le Road-Book, le catapulte dans un saut de plus de 100 m de long ! René s’explose littéralement à l’arrivée. L’organisation envoie dans un premier temps un avion pour le repérer. Cette fois, c’est un concurrent auto du rallye, pays de René (de la région d’Evian) qui jugeant la situation intolérable, décide de chargé René sur le toit de sa voiture (son copilote veillant sur lui) et de le conduire 400 km plus loin à l’hôpital le plus proche. A leur arrivée, le personnel hospitalier n'ayant aucun moyen matériel pour gérer son coma, il attend 12 jours qu'on le charge dans un avion pour la France. (Il y a eu 22 blessés sur la même dune dont un qui est décédé en arrivant en France).


Transféré à Paris, commence sans doute la période la plus pénible de sa vie. Il devra tout ré-apprendre, à lire, à écrire… Dans un premier temps, il ne reconnaissait pas sa maman qui pleurait au pied de son lit… René a mis trois bonnes années à récupérer de cette dernière cabriole, il n’a pas renoué sérieusement avec la compétition et pris sa retraite sportive de force ou plutôt par la force des choses…

Dans son garage qu’il nous a permis de visiter, vit un joyeux bordel qui témoigne du passé du bonhomme… De belles motos, des cuirs et sûrement quelques trésors…

L’humilité et l’humanité de René, sont pour nous comme une leçon de vie et un exemple. Il aurait pu nous snober… Au lieu de ça, il s’est montré comme il est, parfois bourru mais tellement généreux…

Voilà c’était l’hommage que je voulais rendre à ce chevalier des temps anciens, monument de notre passion à deux roues… Des anecdotes René nous en a compté en nombre, il y a des choses qui se racontent et d’autre qui se vivent…Et puis il y a les voyages, dans quelques temps René part avec des potes pour l’Autriche faire une virée dans les Aravis à moto… « Tudieu, tudieu sûr que ça va trajecter » …

TEXTE PHIL; PHOTOS " FAMILY PELLETIER"

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