"On a fait des photos souvenirs, mais comme on les a perdues, on se souvient de rien."



9h30 Bon, finalement j’enfile le collant sous le fut’ en cuir, ça ne devrait pas être de trop. L’expérience nous apprend en effet qu’il vaut mieux donner dans le strip tease routier plutôt que se maudire toute la journée en se les gelant sévère. La printanière s'annonce hivernale.

10h06 dddddddddrrrrrrrraaaaaaaaiiiiiiinnngg…
« Salut, c’est Moto. T’es où ?
-Ben à la sortie de la courbe après le pont de l’autoroute.
-Ah, d’accord, en fait on est 200 mètres derrière toi. »

10h07 La Calif’ et la Ballabio stoppent derrière Larosso, délivrant le jovial Grober et le colossal Moto. Ils se livrent alors à un de ces rituels par moi oublié : la clope du bord de route. C’est bien, même en étant repenti j’apprécie l’arrêt prétexte à en griller une. Ca me permet de me déplier un moment.

10h37 La Grise de Sanitas attend sagement sur la BAU* non loin de la Boutique italienne. Notre pote a lui aussi sorti ses plus beaux atours hivernaux. Oine more clope. Bjorn, un pote de Grober nous attend à Sommières; on ne s’attarde pas.

11h10 Sommières. Le Vidourle serpente tranquillement au fond de son lit. Face au café du commerce, une V 7 et la Stone de Bjorn. Avec son pote Christophe, heureux proprio de la V 7, ils sirotent un petit café. (dans sa culotte) L’appel du petit noir ne nous laisse pas de marbre et bien que pas vraiment en avance, nous voilà attablés. Un message sur le portable de Pascal Eleven histoire d’annoncer que, oui, c’est sûr, on sera un poil à la bourre à St Martin de Londres. Il ne tarde pas à me faire savoir qu’il est en place sur le lieu de RDV… Bon on se bouge.

 

11h25 Contrairement au plan de vol initial, nous roulons au cul de la V 7 direction Quissac… On s’imagine que suivre une meule quarantenaire relève de la promenade de santé, genre « je fume la pipe ». Grossière erreur. La mémère ouvre la route bon train et les cinq « modernes » qui lui collent aux basques ne profitent guère du paysage. A Quissac Christophe nous abandonne et on trace plein ouest avant de bifurquer nord vers le pic st Loup. Le ciel lourd de menaces n’est pas vraiment engageant et on devine la pluie qui nous nargue à l’horizon.

12h06 St Martin de Londres. Pas de V 11 en vue. Je chope la portable. Message.
« Ouais c’est Pascal. Je suis descendu sur Sommières en pensant vous croiser. Bon ben j’arrive d’ici vingt minutes. »
Voilà ce que c’est de ne pas se tenir au plan prévu… Bjorn accueille cette nouvelle par un gargouillis stomacal signe d’inanition prochaine.  Le repas à St Guilhem sur la petite place a du plomb dans l’aile. Heureusement, le Pascal ne tarde pas.
« Alors, t’as eu la pluie pour venir ?.
-Un peu, mais elle s’est vite arrêtée… pour être remplacée par la neige. »
Cette petite anecdote illustre bien que nouzautres del Sud, on ne se laisse pas arrêter par de petites péripéties routières…
Pour faire bonne mesure, tout le monde est plus ou moins en réserve. Direction l’unique station du coin. La patronne déjeune sur un coin de table. Quand six bécanes ravitaillent ensemble, le cortex spatio-temporel subit de profondes mutations… Résultat, à la fin de l’opération la tenancière des lieux mangera froid. Est-ce par vengeance qu’elle nous indiqua un restau à Viols le Fort (si,si…) que tel des David Vincent hallucinés nous ne trouvâmes jamais ?

13h10 Aniane bar de l’esplanade. Salle pleine, c’est de bon augure. Après le déplacement de quelques meubles, nous voilà installés. Salade composée, cuisse de canard confite, font l’unanimité.
« Vous buvez quelque chose messieurs?
… ... ... ... ...
-Pas de vin. Mais apportez-moi un whisky coca. (Moto)
-Ah ? Ah ben alors, un Ricard ; deux.
-Bon une pression alors ; deux ; trois. »
S’ensuivit alors un de ces moments qui font tout le sel de la sortie à motocyclette, la causerie dînatoire. Anecdotes en hors d’œuvre, chambrage en plat de résistance, le tout abondamment arrosé de mauvaise foi… Le seul regret fut de n’être qu’entre Guzzistes ; point de malheureux en teutonne ou autre bridée à martyriser au long de ces agapes… Cette rencontre au sommet en territoire neutre a toutefois donné lieu à un communiqué de presse, laissant entendre qu’un accord était imminent entre les représentants audois, bucco-rhôdaniens et gardois pour convenir d’un itinéraire commun à l’occasion du pèlerinage annuel de St Rémy de Blot.
Les meilleures choses ayant une fin, il est temps de lever l’ancre.

14h50 Bjorn qui veut mettre la dernière main à son attelage Jackal/Watsonian décide de rentrer sur Uzès. En guise de promenade digestive, je suggère aux rescapès un tour du lac du Salagou tout proche ou une remontée des gorges de l’Hérault, suivie d’une incursion, via la haute vallée de la Buège sur la D 122. Ce sympathique tracé, en pointillés rouges et blancs  sur la carte Michelin, les connaisseurs apprécieront, traverse sur une bonne quinzaine de bornes un territoire à même de ravir l’ermite qui sommeille en chacun de nous.
L’enthousiasme de Grober pour cette formule convainc les uns et surtout les autres. En route vers St Guilhem, tout de même. A la sortie du bourg, se tient un fort parti de pandores. C’est d’un œil circonspect que j’en vois un s’engager sur la chaussée à notre approche. Calés à 2 500 tr, l’air dégagé du brave citoyen cher à un de nos candidats à la présidentielle, nous défilons devant la meute gendarmesque, probablement en proie à d’insondables interrogations sur l’origine de nos pétrolettes.

 

15h55 sous le mont st Baudille. Moto ne sait s’il doit maudire le Skipper pour les 17 km de pointillés ou Grober pour son enthousiasme à se jeter dans la gueule du loup. Pourtant c’est un veinard, avec la Ballabio gréée d’un guidon digne d’un beach bar custom il n’a sûrement pas été le plus mal loti… En bracelets c’est encore plus fun. En fait, sur cette portion, il serait impossible de doubler une Panda et les graviers, du calibre « petit » à « œuf d’autruche » sont omniprésents. Bref, le genre d’endroit qui nous ferait aimer la Stelvio. C’est dire…

 

 

16h20 le pont du Diable. Le pont du XIVème siècle enjambe l’Hérault au sortir des gorges. La boucle est bouclée et il va être temps pour Pascal Eleven de mettre cap à L’ouest et pour nous vers l’est. Ca discute encore un bon moment. Sur la rive droite de la rivière, un ronflement nous fait tourner la tête.
« Tiens, ils sont tous verts.
-Un club Kawa, à tous les coups. »
Pas verts en fait… Jaunes fluo… Tous sont affublés d’un ce ces magnifiques gilets de chantier si seyants. En fait vert n’était pas vraiment faux. Pour sur c’est le Cornichon MC en sortie. On devrait en rire… Encore quelques initiatives de ce tonneau et bientôt on nous imposera une tenue réglementaire. Exit le blouson noir. Finalement, j’aime pas les cornichons, je préfère les rillettes; nous ne partageons pas les mêmes valeurs…

Les photos de GROBER

Les photos de SANITAS

Merci à Bjorn, Christophe, Grober, Moto, Pascal Eleven, Sanitas, pour leur bonne humeur, mauvaise foi et autres attributs chers à notre « famille ».

* voir  "Raduno del Sud"

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